💋 Chapitre 1

Chapitre 1

Les rayons du soleil passĂšrent aux travers des rideaux, chatouillant le bout du nez d’une jeune adolescente encore profondĂ©ment endormie. Ses paupiĂšres s’étaient doucement soulevĂ©es avant de se refermer presque aussitĂŽt.

Hanna n’avait aucune intention de se lever aujourd’hui. Elle enfonça son visage dans son oreiller qui Ă©touffa son grognement. Elle n’avait pas le choix. Elle devait affronter cette journĂ©e. C’était sa propre dĂ©cision, elle devait la respecter.

La jeune adolescente retrouva de nombreux visages familiers. Tous la regardaient avec des visages tristes. Quant Ă  elle, elle se contentait de hocher dĂ©licatement la tĂȘte. Que pouvait-elle faire de plus dans ces circonstances ?

— Si tu as besoin, notre porte te sera toujours grande ouverte !

Patricia Holmes posa doucement ses mains sur ses frĂȘles Ă©paules. C’était une trĂšs grande femme qui Ă©tait, jadis, mannequin. Hanna la connaissait depuis son plus jeune Ăąge pour avoir Ă©tĂ© surveillĂ©es par cette dame aux cheveux dĂ©sormais grisonnants lorsque ses parents Ă©taient absents Ă  cause de leurs travails respectifs.

Hanna lui adressa un faible sourire. Elle n’avait prononcĂ© aucun mot depuis son arrivĂ©e Ă  l’Eglise.

— Nous sommes rĂ©unis Ă  ce jour pour rendre un dernier hommage Ă  Melissa Gray et John Sampson…

Le prĂȘtre avait Ă©levĂ© la voix qui rĂ©sonna dans tout l’édifice. Hanna, assise au premier banc, l’entendait sans rĂ©ellement l’écouter. Son regard Ă©tait plongĂ© dans le vide. Ses pensĂ©es Ă©taient Ă©galement vides.

Plusieurs personnes prirent la parole avant que Hanna fusse invitĂ©e Ă  dĂ©clarer quelques mots. L’adolescente se leva doucement. Ses pas Ă©taient lĂ©gers, presque d’une lenteur agaçante. Elle monta sur la petite estrade. Ses jambes se mirent Ă  tremblĂ©es sous son poids. Son cƓur se mit Ă  battre Ă  la chamade.

La jeune fille ferma longuement les yeux. Elle ne voulait surtout pas pleurer. Pas maintenant. Plus maintenant. Ses souvenirs remontÚrent à la surface bien malgré elle.

C’était une des journĂ©es oĂč Hanna Ă©tait rentrĂ©e plus tĂŽt du lycĂ©e. Son dernier cours avait Ă©tĂ© supprimĂ© pour cause d’absentĂ©isme de son professeur. Cette nouvelle avait rendu l’adolescente triste. Elle n’aimait pas spĂ©cialement se rendre en cours, comme tous les autres Ă©lĂšves. Elle dĂ©testait cet endroit rempli d’hypocrisies, de ragots dĂ©biles et d’autres choses dans le mĂȘme genre. Mais le dernier cours de sa journĂ©e Ă©tait son prĂ©fĂ©rĂ©. La plupart des filles l’apprĂ©ciaient pour le professeur qui l’enseignait. Il Ă©tait qu’il n’était pas mal Ă  regarder. Il avait moins de trente ans, une lĂ©gĂšre barbe lui donnait son cĂŽtĂ© mature. Il portait toujours des vĂȘtements trĂšs classes, mais pas ceux clichĂ©s d’un professeur. Il avait son propre style qu’il mettait parfaitement en valeur.

Mais ce qui intĂ©ressait rĂ©ellement Hanna Ă©tait la matiĂšre qu’il enseignait : la littĂ©rature. Ce cours Ă©tait toujours celui qu’elle prĂ©fĂ©rait pour sa maniĂšre diffĂ©rente et originale d’ĂȘtre enseignĂ©. Monsieur Branson, leur professeur, laissait la possibilitĂ© aux Ă©tudiants d’écrire au grĂ© de leurs envies.

Hanna adorait Ă©crire. Elle pouvait Ă©crire pendant des heures, des jours. Elle en oublierait presque de manger ou de dormir. L’écriture, au mĂȘme titre que la musique, Ă©tait son Ă©chappatoire, sa petite bulle que personne ne pourrait jamais percer. L’écriture Ă©tait sa poutre, ce qui la maintenait debout dans chacune des Ă©preuves de sa vie.

Ce jour-lĂ , Hanna s’était installĂ©e dans son grand jardin. Une couverture recouvrant l’herbe fraĂźchement tondue dont elle pouvait encore inhaler cette odeur qu’elle apprĂ©ciait Ă©normĂ©ment. Ses jambes Ă©taient croisĂ©es en tailleur. Sur ces genoux, elle avait posĂ© un petit carnet Ă  la couverture noire et elle mĂąchouillait son stylo en regardant le ciel bleu ainsi que la forme des quelques nuages prĂ©sents. La musique dans ses oreilles l’inspirait dans ses Ă©crits.

Ses parents Ă©taient Ă©galement rentrĂ©s plus tĂŽt du travail. Ils ne furent pas surpris en trouvant leur fille unique en train de griffonner quelques mots. Ils avaient toujours su que l’écriture Ă©tait une chose prĂ©cieuse dans la vie de Hanna. Ils l’observĂšrent un moment depuis la fenĂȘtre du salon qui menait au jardin sans que l’adolescente ne les remarque.

Melissa et John avaient Ă©changĂ© un regard complice avant de se placer devant leur fille, un grand sourire illuminait leurs visages. Hanna releva les yeux en enlevant ses Ă©couteurs de ses oreilles. Le volume Ă©tait si Ă©levĂ© qu’elle pouvait encore entendre la mĂ©lodie.

— Ne met pas si fort, rñla Melissa sans que son sourire ne s’efface.

— J’aime ĂȘtre dans ma bulle, expliqua Hanna en diminuant le volume.

— Mais tu risques d’avoir des problùmes d’ouïe, lui expliqua calmement son pùre.

John s’était accroupit Ă  son hauteur.

— Et si tu as des problùmes d’ouïe, continua sa mùre. Tu ne pourras plus entendre les battements de ton cƓur.

— Tu peux rĂ©pĂ©ter ça, maman ? Je vais la noter !

Hanna s’empara de son stylo avant de griffonner rapidement cette phrase sur une page vierge de son carnet. Elle referma son stylo avant de reporter son attention sur ses parents. Elle grimaça en les imaginant la disputer de ne pas ĂȘtre en cours.

— Monsieur Branson Ă©tait absent, justifia-t-elle avec une pointe de tristesse dans sa voix.

— Cela tombe à merveille. Nous avons quelque chose à t’annoncer, lui dit son pùre.

Hanna les interrogea du regard. Elle posa son carnet sur la couverture avant d’étirer ses jambes qui commençaient Ă  s’engourdir. Son regard croisa celui de sa mĂšre. Les yeux de Melissa Ă©taient semblables au ciel californien au-dessus de leur tĂȘte.

— Tu vas avoir un petit frùre ou une petite sƓur, annonça Melissa.

Hanna avait rouvert les yeux. Tout le monde l’observait en silence Ă  l’intĂ©rieur de l’Eglise.

— Avant toute chose, je tenais Ă  vous remercier pour votre prĂ©sence…

Sa voix trembla durant tout son discours qui dura une dizaine de minutes. Ses yeux brillaient sans jamais laissés échapper une seule larme.

Tout le monde quitta l’Eglise suite aux derniers discours. Certains s’éternisaient encore pour adresser quelques mots Ă  l’adolescentes. Hanna patienta jusqu’à ce que tout monde fĂ»t parti pour s’installer sur les marches de l’édifice.

— On est là, Hanna.

La jeune fille releva ses yeux vers trois silhouettes féminines. Riley Marshall, Jana Davis et Allison Parrish se tenaient face à elle.

— Merci, Jana.

Hanna n’avait pas encore pleurĂ© et elle ne voulait pas le faire devant les autres, mĂȘme s’il s’agissait de ses meilleures amies. Riley s’installa Ă  ses cĂŽtĂ©s et l’attira contre elle. Hanna posa son visage contre son Ă©paule, mais resta silencieuse. Elle ne savait pas quoi dire.

Les trois amies rentrĂšrent chacune chez elles. Elles avaient passĂ©s une bonne heure Ă  soutenir leur amie avant qu’elle ne leur demande de rentrer. Elle voulait rentrĂ© en marchant, en restant seule.

— On est lĂ , lui avait rĂ©pĂ©ta Jana.

Hanna Ă©tait restĂ©e assise sur les marches de l’Eglise jusqu’à ce que le soleil se couche et que l’éclairage des lampadaires de la ville s’allume. Hanna se leva pĂ©niblement. Elle frissonna lorsqu’une lĂ©gĂšre brise souffla contre sa peau. Ses souvenirs firent de nouveau surface.

— Je vais avoir un petit frĂšre ou une petite sƓur ? avait rĂ©pĂ©tĂ© Hanna, un ton surpris.

— Oui ! s’exclama sa mĂšre comme une enfant Ă  qui on aurait achetĂ© le cadeau souhaitĂ©.

— Mais vous n’ĂȘtes pas
 trop vieux pour
 vous savez ?

Melissa et John avaient de nouveau Ă©changĂ© un regard complice avant d’éclater d’un rire commun.

— Est-ce que tu es contente au moins ? demanda John.

— Je le suis ! affirma Hanna en esquissant un sourire. Je le serai juste beaucoup moins quand il me coupera les cheveux pendant que je dors.

— Il ? demanda sa mùre en riant.

— Ou elle. Peu importe. Je suis vraiment contente.

Hanna prit d’abord son pùre dans ses bras avant de se relever et d’enlacer sa mùre.

— Je suis contente, rĂ©pĂ©ta-t-elle.

Hanna Ă©tait retournĂ©e Ă  l’intĂ©rieur, laissant ses parents profiter du soleil. Son premier rĂ©flexe fut d’appeler ses meilleures amies pour leur annoncer la nouvelle. Elle appela d’abord Riley Marshall, sa meilleure amie depuis qu’elles Ă©taient ĂągĂ©es de quatre ans.

Riley Ă©tait une petite tĂȘte blonde, pĂ©tillante et terriblement casse-cou. Il Ă©tait rare que Riley ne rentre pas chez elle avec les genoux Ă©corchĂ©s. Elle se baladait souvent avec deux Ă©normes bandages autour de chacun d’eux. Riley fut la premiĂšre vĂ©ritable amie de Hanna. Elles partageaient tout et se considĂ©raient comme deux sƓurs. Si bien que lorsqu’elle annonça la grossesse de Melissa, Riley avait rĂ©agi comme si elle-mĂȘme allait avoir un petit frĂšre ou une petite sƓur.

Leur duo amical s’était agrandi avec les annĂ©es. Elles avaient une dizaine d’annĂ©es lorsqu’elles rencontrĂšrent Jana Davis et Allison Parrish.

Jana Ă©tait la plus studieuse du groupe, toujours assise au premier banc en cours, la main souvent levĂ©e Ă  la façon Hermione Granger. Elle avait toujours eu de longs cheveux d’un magnifique roux. Son sourire ne quittait jamais son visage et elle Ă©tait toujours celle qui aidait ses amies quand elles Ă©taient dans le besoin.

Allison, quant Ă  elle, Ă©tait la plus tĂ©mĂ©raire. Elle tenait toujours tĂȘte Ă  l’injustice et n’hĂ©sitait pas Ă  remettre en place les filles « populaires » de l’école lorsqu’elles s’en prenaient au groupe d’amies. Ses cheveux Ă©taient d’un magnifique chĂątain presque noir.

Les quatre amies s’étaient liĂ©es d’une amitiĂ© indestructible. Elles Ă©taient comme des sƓurs, toujours prĂ©sentes les unes pour les autres.

Hanna Ă©tait presque arrivĂ©e jusqu’à son domicile. Elle Ă©tait passĂ©e par de petits chemins qu’elles connaissaient par cƓur pour les avoir emprunter avec ses parents. Ces chemins, cette ville, ces habitants. Tout ici lui rappelait des souvenirs.

L’adolescente rentra chez elle. Sa maison Ă©tait bien trop grande et bien trop calme depuis le dĂ©cĂšs de ses parents. Elle dĂ©posa ses clĂ©s dans un petit bol rond sur le meuble de l’entrĂ©e, enleva sa veste noire qu’elle accrocha au porte-manteau. Du bout des doigts, elle effleura les murs. Elle s’appuya un court instant dans l’encadrement de la porte menant un jardin. Il Ă©tait vide d’existence. Hanna pourrait presque jurer voir l’herbe devenir jaune d’assĂšchement.

L’adolescente poussa un profond soupir qui rompu le silence pesant. Elle traversa chacune des piĂšces de la maison comme si c’était la derniĂšre fois qu’elle y mettait les pieds. Elle franchit les marches de l’escalier. La chambre de ses parents Ă©tait restĂ©e la mĂȘme. Plus personne n’y mettait les pieds. Elle Ă©tait comme une piĂšce condamnĂ©e.

Hanna referma la porte de la chambre de ses parents d’un mouvement lent et silencieux. Elle passa devant trois autres portes. Deux autres chambres et une salle de bain. Hanna se retrouva entre la porte de sa chambre et celle d’une autre piĂšce restĂ©e fermĂ©e depuis une longue annĂ©e. Finalement, c’était cette piĂšce qui Ă©tait condamnĂ©e.

Elle posa sa main sur la poignĂ©e sans ouvrir la porte. Hanna ferma les yeux, mais, cette fois, rien n’empĂȘcha ses larmes de couler.

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7 réflexions sur “💋 Chapitre 1

  1. histoirescecile13 dit :

    Coucou Alessandra et merci pour ce chapitre que j’ai pris plaisir Ă  lire durant ma pause dĂ©jeuner. TrĂšs Ă©mouvant et bien Ă©crit. Un cĂŽtĂ© trĂšs sentimental qui donne envie de connaĂźtre la suite de cette tragĂ©die : l’hĂ©roĂŻne a perdu ses parents. Encore merci pour ce partage. Je t’embrasse bien fort ! Et continue comme ça ! Tu es douĂ©e en Ă©criture. PS : une petite faute Ă  la fin : coulĂ©es = couler. Gros bisous Ă  toi

    Aimé par 1 personne

    • Alessandra dit :

      Coucou CĂ©cile 🙂 merci Ă  toi d’avoir pris le temps de lire 🙂
      Je suis contente de voir que l’histoire te donne envie de connaĂźtre la suite 🙂 en effet, l’hĂ©roĂŻne a vĂ©cu une grosse tragĂ©die.
      Ohh merci pour la faute 🙂 cette histoire en est malheureusement remplie. Une amie d’une amie a acceptĂ© de la correction, mais d’ici lĂ , il est trĂšs probable que tu rencontres d’autres fautes. Si tu en vois, n’hĂ©site jamais Ă  me les signaler 🙂
      Gros bisous ❀

      Aimé par 1 personne

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