💋 Chapitre 7

Chapitre 7

Hanna ne s’était pas rendue en cours de toute la journée. Après sa demi-conversation avec Emma, elle avait passé sa journée dehors. Elle allait là où ses pieds la trainaient, dans toutes ces rues de cette ville qu’elle connaissait par cœur. C’était une petite ville située à quelques kilomètres de San Diego, en Californie. Il y faisait toujours chaud, la pluie ne tombait que durant peu de jours par an.

Tous ses souvenirs se trouvaient dans cette ville. Chaque coin de rue, chaque visage lui rappelait un moment de sa vie. Et son existence n’était qu’à son commencement. Hanna n’avait que dix-sept mais ressentait déjà tant de douleur. Comment est-ce possible d’être si triste lorsque nous sommes si jeune ?

Hanna se retrouva au parc situé près de sa maison. Elle y passait des après-midis entiers avec ses parents lorsqu’elle était enfant. Hanna s’installa sur une balançoire. A chacun des balancements, un souvenir remontait à la surface.

— Plus haut ! s’exclamait Hanna en riant aux éclats.

John Sampson poussait sa fille avec un peu plus de force. La balançoire s’envola un peu plus haut dans les airs alors que sa petite fille âgée de sept ans ne cessait rire. Son doux rire enfantin et innocent lui réchauffait le cœur.

— On va rentrer maintenant, lui avait-il dit à contrecœur.

John poussa de moins en moins fort la balançoire jusqu’à s’arrêter totalement. Hanna avait plié son cou vers l’arrière et lui adressait une petite moue boudeuse.

— Noooon, avait-elle dit.

— On reviendra demain, d’accord ? Tu ne veux pas aller voir maman ?

— Ouiii ! gazouilla la petite fille. Si on va voir maman, alors je suis d’accord.

Hanna avait sauté de la balançoire. Elle se tenu fièrement devant son père. Son sourire illuminait son visage d’enfant. Elle attrapa la main de son père et l’entraîna vers la sortie de du parc. John riait jusqu’à ce qu’il la fasse monter à l’arrière de sa voiture. Hanna s’amusa à imiter la conduite de son père en émettant le bruit du moteur avec sa bouche.

John avait roulé durant une quinzaine de minutes avant de stopper son véhicule sur le parking. Il descendit avant d’attraper la main de sa fille. Tous les deux se dirigèrent à l’intérieur du bâtiment. Hanna s’amusait à sautiller sur un pied puis sur l’autre durant tout le chemin.

John avait soulevé sa fille afin qu’elle puisse appuyer sur le numéro de l’étage dans l’ascenseur. Ils avaient patienté quelques instants avant de se retrouver dans un couloir grouillant de femmes en tenues bordeaux et d’hommes en blouses blanches. John s’identifia au bureau d’accueil puis entra dans une chambre, suivi par la petite Hanna qui sautillait toujours sur place.

— Maman ! s’exclama-t-elle.

Hanna avait couru jusqu’au grand lit dans lequel se reposait une femme. John souleva sa fille afin qu’elle puisse s’asseoir et donner un câlin à sa mère.

— Ma princesse ! Comme tu es belle.

— J’essaye de te ressembler ! expliqua fièrement Hanna.

Melissa Gray lui adressa un large sourire avant de déposer un doux baiser sur le front de sa fille. Hanna se blottit dans ses bras et ne bougea plus. A cet instant précis, elle aurait souhaité que le monde ne cesse de tourner. S’endormir paisiblement dans les bras de sa mère était la chose la plus merveilleuse au monde.

— Comment tu te sens ? avait demandé John en s’adressant à son épouse.

— Comme quelqu’un à qui on vient d’enlever l’appendice.

— Tu sais déjà quand tu sortiras ?

— Elle sortira demain !

John et Melissa se tournèrent vers la porte d’entrée de la chambre d’hôpital où une infirmière venait d’entré. Hanna rouvrit les yeux qu’elle avait fermés et croisa le regard d’un garçon qui semblait avoir son âge. Elle se releva d’un bond afin de se tenir fièrement face à lui.

— Désolée, grimaça l’infirmière. Il s’agit de mon fils… Je suis mère célibataire et je n’ai pas su trouver de baby-sitter. Il est très calme et reste en retrait quand je viens vérifier que tout va bien pour mes patients. Il ne veut tout simplement pas aller à la garderie… J’espère que cela ne vous gêne pas.

John baissa les yeux vers le petit garçon déjà bien grand pour son âge. Il se leva du fauteuil sur lequel il s’était installé quelques instants plus tôt afin de saluer le garçon. Il ébouriffa ses cheveux en souriant.

— Ce n’est pas grave, rassura John en croisant le regard de l’infirmière.

— Si vous avez besoin d’une baby-sitter, je connais quelqu’un, rajouta Melissa.

L’infirmière s’était tournée vers sa patiente. Ses yeux s’étaient illuminés.

— Moi, termina Melissa. J’ai longtemps travaillé mais je souhaitais m’occuper de ma fille. Je serais ravie de garder votre fils si vous le voulez, et gratuitement.

Melissa avait rapidement compris que son infirmière avait des problèmes financiers. Cette dernière resta silencieuse un long moment. John l’entraîna à l’extérieur de la chambre afin de discuter de l’offre de son épouse. Pendant ce temps-là, le petit garçon observait Hanna. Elle était descendue du lit de sa mère et s’était rapprochée de lui.

— Tu es grand, lui avait-elle fait remarquer en se mettant sur la pointe des pieds.

— Et toi, tu es petite ! se moqua faussement le garçon.

Hanna lui avait tiré la langue avant d’éclater de rire. Le garçon avait rit à son tour.

— Je m’appelle Hanna, se présenta-t-elle en tendant sa main. C’est un truc d’adulte, rajouta-t-elle en voyant le regard surpris du garçon.

Le garçon lui répondit en lui chatouillant les côtes. Hanna se plia en deux en riant aux éclats. Elle se mit à courir afin d’échapper au jeune garçon.

— Mais que se passe-t-il ici ? gronda faussement l’infirmière.

Les deux enfants se stoppèrent. Ils restèrent droits comme des piquets, un air d’enfants sages dessinés sur leurs visages.

— Madame Sampson ? l’apostropha l’infirmière.

John s’était placé à ses côtés. Il lui adressa un large sourire avant de reporter son attention vers l’infirmière qui semblait nerveuse.

— Je ne peux normalement pas accepter votre offre, regretta-t-elle.

— Je comprends, affirma Melissa sans masquer sa déception.

— Mais je vais l’accepter car je suis assez désespérée et que je vois que nos enfants ont déjà fait connaissances et semblent s’entendre.

L’infirmière adressa un clin d’œil à son fils.

— Donc, c’est d’accord ? s’enthousiasma Melissa.

— C’est d’accord, affirma l’infirmière.

Hanna avait poussé un petit cri de joie en entendant l’infirmière annoncer cette nouvelle. Elle se tourna vers le garçon en plaçant ses mains sur ses hanches.

— Je te préviens, c’est moi la chef !

— C’est ce qu’on verra, lui avait-il répondu en lui tirant la langue. Et au fait…

Le jeune garçon lui avait tendu la main sous le regard surpris de Hanna.

— C’est un truc d’adulte pour se présenter, expliqua-t-il. Je m’appelle Theo.

Hanna stoppa de se balancer lorsqu’elle entendit des rires d’enfants se rapprocher du parc. Elle se rappelait comme si cela était hier de la manière dont elle avait rencontré Theo. Un jour où sa mère avait hospitalisée pour lui enlever son appendice et où Jennifer, la mère de Theo, était désespérée de ne pas trouver de baby-sitter. La générosité de sa mère avait toujours été une qualité qu’elle admirait.

Hanna regarda l’heure qu’affichait sur son téléphone portable. Il allait bientôt être dix-huit heures, l’heure à laquelle les enfants venaient passés quelques temps dans le parc après l’école, les devoirs et le souper. Hanna devrait rentrer si elle ne voulait pas qu’Emma ne l’interroge encore sur un début d’alcoolémie.

Lorsqu’elle eut franchit le seuil de la porte, elle retrouva sa tante devant le poste télévisé. Elle s’était enroulé dans un plaid et regardait une série télévisée.

— Bonjour, la salua doucement Hanna.

Emma se retourna vers sa nièce en lui adressant un sombre regard.

— Je n’ai pas bu si tu te poses la question.

— Tu fais ce que tu veux, répondit simplement sa tante.

Hanna poussa un léger soupir avant de s’installer sur le fauteuil qui faisait face au canapé.

— Je suis désolée. Je ne sais pas ce qu’il m’a prit… J’avais besoin de prendre l’air et je me suis retrouvée dans ce bar, et… les choses se sont enchaînées.

Hanna marqua une pause. Elle observait sa tante qui ne daignait pas lui adresser un regard.

— S’il te plait, Emma… dis-moi ce que je peux faire pour que tu me pardonnes.

— Tu ne peux rien faire, souffla Emma en éteignant la télévision à l’aide de la télécommande.

Emma tourna doucement son regard vers sa nièce. Son regard était triste. Elle était triste de voir Hanna de cette façon, se détruire de cette façon.

— Je ne t’en veux pas. Je veux juste que tu comprennes que tu ne peux pas sombrer dans l’alcoolisme malgré… les événements.

— Je sais, je…

— Tout le monde sait que tu vis quelque chose de difficile mais ce n’est pas une raison.

— Emma, je sais… répéta Hanna en baissant les yeux.

Elles restèrent silencieuse un court instant qui leurs parut durer une éternité. Hanna releva les yeux vers sa tante. Ses yeux étaient humides mais aucunes larmes ne longeaient ses joues.

— Je sais que ce n’est pas facile, poursuivit Emma. La cicatrice a été rouverte avec l’enterrement… Mais jamais tu ne t’étais mise dans un état pareil en douze mois. Qu’est-ce qui a changé ? questionna doucement Emma.

— Moi, répondit Hanna.

Ses lèvres se crispèrent en un faux sourire. Elle baissa de nouveau les yeux avant de les relever presque aussitôt.

— J’ai changé, Emma. J’ai perdu mes parents. Ils ont été sauvagement assassinés par des braqueurs dans une supérette.

Hanna émit un rire nerveux en essuyant sa joue où une larme venait de s’écraser.

— Mon petit frère, poursuivit Hanna en se mordillant la lèvre inférieure. Il est entre la vie et la mort à cause des impacts de balle qu’il a reçu. Il n’est pas ici. Il n’est pas avec moi. Il ne va peut-être jamais se réveiller, jamais grandir. Ou s’il le fait, il le fera sans ses parents.

Hanna marqua une courte pause avant de poursuivre.

— J’essaye d’aller mieux, Emma. Je t’assure que j’essaye. Et je sais que tu fais du mieux que tu peux pour m’aider à remonter la pente. Mais c’est difficile de remonter une pente qui ne cesse de glisser sous nos pieds.

— Je sais ce que tu traverses, Hanna. Je pensais sincèrement que tu commençais à t’en sortir surtout après la superbe journée que nous avons partagée samedi.

— Les nouveaux habits ne font pas qui je suis. Oui, l’apparence montre notre bien-être extérieur, mais pas ce que nous sommes à l’intérieur. Les autres ne me regardent tout simplement plus avec leurs petits yeux compatissants et hypocrites qu’ils avaient avant. C’est la seule chose qui a changé, Emma. Le reste, tout est resté exactement comme avant.

Emma se mordilla la lèvre inférieure. Elle avait envie de pleurer mais retenu ses larmes devant sa nièce. Elle n’avait jamais pleuré devant elle. Elle voulait lui montrer qu’elle était forte et qu’elle était là pour l’épauler. Hanna avait raison pour elle mais également pour Emma. Elle aussi essayait de remonter une pente qui ne cessait de glisser sous ses pieds.

— Je sais qui tu es, Hanna. Et tu n’es pas cette personne qui se plonge dans l’alcoolisme.

— Emma, ce n’est arrivé qu’une fois… s’agaça légèrement l’adolescente.

— Tu comprends que c’est une fois de trop ?

— Evidemment !

L’adolescente marqua une nouvelle courte pause. Sa vue se brouilla par les larmes qui ne cessaient de coulées le long de ses joues. Elle les sécha rapidement d’un revers de manche.

— Le plus difficile dans tout cela est d’avoir perdu la personne qui nous rappelait qui on est.

— Tes parents me manquent aussi, souffla Emma en baissant les yeux.

— Je ne parlais pas d’eux.

Hanna fronça les sourcils. Elle croisa ses bras contre sa poitrine. Elle le faisait dès qu’elle avait besoin de se refermer sur elle-même.

— Theo, lâcha sèchement Hanna en plongeant son regard dans celui de sa tante.

— Qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans ? s’étonna-t-elle.

— Il est revenu.

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5 réflexions sur “💋 Chapitre 7

  1. histoirescecile13 dit :

    J’ai adoré lire ce chapitre fort captivant tellement il est rempli de sentiments forts et doux à la fois. Très émouvant et si bien écrit ! J’en étais très émue ! pour te dire ! Sincèrement bravo pour ce chapitre. Hanna est une jeune fille forte mais c’est aussi une écorchée vive ! Tu sais Alessandra. En te lisant, je rends compte à quel point tu racontes bien les sentiments que parfois je me demande si tu n’as pas connu une très grande tristesse dans ta vie. Mais bien évidemment c’est ton jardin secret. Alors comme ça nos deux héros se connaissaient depuis leur enfance. C’est très beau. Merci pour ce partage que j’ai apprécié lire avant d’aller travailler. Gros bisous à toi Alessandra !

    J'aime

    • Alessandra dit :

      Owww *♥*
      Ton commentaire me touche énormément, Cécile. Je suis ravie de voir que les sentiments passent correctement.
      C’est vrai que c’est mon jardin secret, mais tu es une personne qui pourrait avoir la clé d’accès sans problème parce que ça se voit que tu es une personne digne de confiance et qui ne juge pas. J’ai eu quelques tristesses, en effet. Grande, pas forcément. Mais 100 petites cicatrices en valent une seule grande, non ? 🙂
      En tout cas, un grand merci à toi ❤ gros bisous ❤

      Aimé par 1 personne

      • histoirescecile13 dit :

        Merci beaucoup ma chère Alessandra. C’est moi qui suis très touchée. Oui tu as bien raison : une cicatrice peut avoir plusieurs blessures. Merci encore pour tes partages qui me plaisent beaucoup. Gros bisous et surtout prends bien soin de toi. ♥♥

        Aimé par 1 personne

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