💋 Chapitre 14

Chapitre 14

Hanna observa longuement Theo avant de se lever. Elle releva doucement la tĂȘte pour plonger son regard dans le bleu des yeux de l’adolescent. Ses lĂšvres s’entrouvraient pour aussitĂŽt se refermĂ©es. Aucuns sons ne perçaient ses cordes vocales. Elles Ă©taient comme bloquĂ©es, paralysĂ©es par le poids de l’immense Ă©motion qui Ă©crasait son cƓur.

Theo regardait de nouveau l’herbe. Il jouait nerveusement avec ses mains, essayant de ne pas prendre cette mauvaise habitude de se ronger les ongles. Il stoppa une dĂ©mangeaison fantĂŽme sur le dos de sa main lorsqu’il aperçu les mains de Hanna enveloppĂ©es les siennes de façon dĂ©licate. Theo releva doucement son regard vers celui de son amie. Il aperçu son regard en amande s’humidifier malgrĂ© qu’aucunes larmes ne coulaient. Theo sentit son cƓur se fendre lorsqu’il pensa Ă  toutes les fois oĂč il avait aperçu le regard de son amie devenir humide.

— Est-ce que
 est-ce que tu veux que je te ramĂšne ? demanda-t-il en brisant le silence qui Ă©tait mi-pesant, mi-apaisant.

Hanna rĂ©pondit un « oui » malgrĂ© l’absence de son qui sortit d’entre ses lĂšvres. Theo hocha la tĂȘte avant de retourner jusqu’à sa voiture. Il poussa un soupir intĂ©rieur en n’apercevant pas d’amende accrochĂ© sur son pare-brise.

Theo s’installa derriĂšre son volant. Il observa Hanna boucler sa ceinture en silence avant qu’elle ne pose son front contre le carreau fermĂ©. Il regarda son amie comme si elle Ă©tait un mirage. L’oasis dans le dĂ©sert du Sahara, le fruit de son imagination. Il pensa un court instant n’ĂȘtre jamais revenu dans cette ville qui l’a vu naĂźtre, puis grandir. Il avait l’impression de ne plus rien connaĂźtre de son ancienne vie. Theo Ă©tait perdu.

Hanna releva son visage du carreau sur lequel elle s’était apposĂ©e. Elle tourna doucement son visage vers Theo qui avait la main posĂ©e sur la clĂ© de la voiture sans tourner le contact.

— Theo ? demanda-t-elle.

Sa voix le ramena à la réalité. Theo ferma les yeux briÚvement tout en secouant son visage de gauche à droite. Il tourna la clé du contact, le ronronnement du moteur brisa un nouveau silence installé entre les deux adolescents.

— Je t’aime, murmura Hanna.

Theo sursauta. Il cala en dĂ©marrant, surpris par ce que venait de lui avouer son amie. Il remit le contact en route avant de se tourner vers Hanna. Cette fois, il aperçu la grosse goutte salĂ©e s’écrasĂ©e contre ses lĂšvres charnues. La jeune fille passa sa langue sur celles-ci avant de poursuivre.

— C’est parce que je t’aime que j’ai aussi mal. On a grandi ensemble et j’ai tout perdu en l’espace d’une seule nuit. Mes parents, mon petit frùre, 


Hanna marqua une pause en baissant les yeux vers ses genoux pliés.

— Et tu m’as perdu moi, termina Theo.

— Et je t’ai perdu toi.

Theo ne rĂ©pondit pas. Il enclencha son clignotant avant de reprendre la route. Hanna observa chacun des gestes de celui qu’elle appelait autrefois son ami. Elle l’observa embrayer lorsqu’elle sentit la voiture tremblĂ©e doucement. Le vĂ©hicule partit lĂ©gĂšrement vers l’avant alors que Theo passait sa premiĂšre vitesse. Il enchaĂźna les diffĂ©rentes vitesses jusqu’à atteindre la quatriĂšme. Il respectait chacune des limitations de vitesse annoncĂ©e par les panneaux dans la nuit. Il observait chaque rĂ©troviseur comme s’il Ă©tait encore en plein apprentissage de conduite et qu’il avait besoin de tout observer, mĂȘme s’il savait qu’aucunes voitures ne se trouvaient derriĂšre la sienne. Il freina lorsqu’il aperçu le regard jaune d’un chat brillĂ© dans l’obscuritĂ©. Ses mains tenaient fermement le volant Ă  neuf heures et quart.

Hanna Ă©tait si concentrĂ©e dans ses mouvements qu’elle fut surprise lorsqu’elle sentit la voiture ralentir pour s’arrĂȘtĂ©e entiĂšrement. Elle se tourna vers l’extĂ©rieur et aperçu sa maison. Elle Ă©tait arrivĂ©e chez elle bien plus vite qu’elle ne l’imaginait, mĂȘme si elle savait qu’elle ne trouvait qu’à une dizaine de minutes du parc oĂč elle avait l’habitude de se rendre.

— Tu n’as pas oubliĂ© oĂč j’habite, murmura Hanna pour elle-mĂȘme.

— Je n’ai rien oubliĂ© durant mon absence. Au contraire. Me souvenir de chaque dĂ©tail me faisait tenir le coup.

Hanna esquissa un faible sourire. Elle dĂ©tacha doucement sa ceinture et prit son temps afin de la remettre en place. Elle attrapa sa pochette qu’elle avait dĂ©posĂ©e Ă  ses pieds et entrouvrit la portiĂšre passagĂšre. Hanna resta une demi-seconde sans effectuer le moindre mouvement supplĂ©mentaire puis quitta rapidement le vĂ©hicule. Elle n’adressa pas un regard Ă  Theo qui s’en attrista.

Theo la regarda avancer de quelques pas avant qu’elle ne se retourne et ne fasse un mouvement de main lui demandant de la suivre. Il fronça les sourcils en coupant le moteur. Il sortit de sa voiture et la verrouilla aprĂšs avoir claquĂ© la portiĂšre derriĂšre lui.

— Viens, murmura Hanna en lui tendant sa main.

Theo fut surpris de sa demande, mais la suivit sans poser de question. Il attrapa la douce main de son amie. Son cƓur rugissait dans sa poitrine si fort qu’il s’imaginait le voir sortir Ă  tout instant. Hanna ouvrit la porte d’entrĂ©e de sa maison de sa main restĂ©e libre et entra en silence.

— Ne fais pas trop de bruit. Emma dort, chuchota l’adolescente en refermant dĂ©licatement la porte derriĂšre Theo.

Theo observa l’intĂ©rieur de cette maison qu’il connaissait tant. Il y avait passĂ© de nombreuses journĂ©es en compagnie de Hanna ou de ses parents. Il se rappelait du jour oĂč John, le pĂšre de son amie, lui avait proposĂ© de regarder un match de basket-ball Ă  la tĂ©lĂ©vision. John croyait en lui autant que son oncle James le faisait. Il dĂ©glutit difficilement lorsqu’il passa devant une photo de famille sur laquelle il se trouvait. C’était lorsque lui-mĂȘme et Hanna Ă©taient ĂągĂ©s de douze ans. La jeune fille avait un sourire Ă©clatant alors que lui faisait une grimace rĂ©pugnante.

Theo remarqua Ă  quel point rien n’avait changĂ© matĂ©riellement. Pourtant, il ressentait que quelque chose avait changĂ©. L’ambiance n’était plus aussi familiale et chaleureuse. Cette maison n’avait plus entendu d’éclats de rire profonds depuis trĂšs longtemps.

— J’ai besoin que tu fasses ça avec moi, murmura Hanna en se tournant vers Theo.

Hanna l’entraĂźna Ă  l’étage et s’arrĂȘta devant la porte fermĂ©e devant celle menant Ă  la chambre de l’adolescente. Il dĂ©glutit difficilement. Il ne pouvait pas faire ça. Lui non plus n’était pas prĂȘt pour cette Ă©preuve.

— Ca fait plus d’un an que cette porte n’a pas Ă©tĂ© rouverte, expliqua-t-elle tristement.

— Hanna, je


Theo ne termina pas sa phrase. La main de Hanna lĂącha la sienne, mais il pouvait encore ressentir la sensation de sa peau contre la sienne. Hanna inspira profondĂ©ment, la main qui tenait celle de Theo quelques instants plus tĂŽt se positionna sur la poignĂ©e de la porte qu’elle ouvrit doucement.

Hanna se rappela du jour oĂč les rayons du soleil rĂ©chauffaient toute la maison. Elle avait eu la sensation d’ĂȘtre dans un sauna et mĂȘme les ventilateurs n’aidaient pas Ă  crĂ©er un air plus vivable. C’était une journĂ©e en plein milieu du printemps, pendant les vacances de PĂąques oĂč la plupart de ses amis Ă©taient partis en vacances. Hanna Ă©tait restĂ©e avec ses parents afin de travailler Ă  l’élaboration d’une des chambres de la maison qui en contenait dĂ©sormais cinq. La sienne, celle de ses parents, deux chambres d’amis qui accueillait bien souvent soit Emma, soit ses amies, et dĂ©sormais celle de son petit frĂšre qui se trouverait juste en face de la sienne.

— Tu fais couler de la peinture partout, lui avait fait remarquer Melissa.

Hanna avait baissé les yeux vers son pinceau avant de le déposer sur le couvercle du grand pot de peinture posé au coin de la piÚce.

— Je vais me chercher un verre d’eau parce que je meurs vraiment de chaud, avait dit Hanna en sortant de la chambre.

Hanna avait descendu les marches avec lenteur. Sa bouche entiĂšre s’assĂ©chait en moins de deux minutes. C’était l’une des plus chaudes journĂ©es que la Californie eut connu.

— Grande soif ! s’était exclamĂ© Theo derriĂšre son dos.

— J’ai trop chaud ! avait-elle rĂ©torquĂ©e en ingurgitant l’entiĂšretĂ© de son verre d’une seule traite.

Elle observait son ami transporter une grande boite accompagnĂ© de son pĂšre. Les deux hommes montĂšrent la boite en haut et la dĂ©posĂšrent dans le couloir. Hanna les avait rapidement rejoint et avait posĂ© ses mains sur l’épaule de Theo afin d’y appuyer son menton. Theo avait passĂ© sa main sur sa taille et l’attira contre lui. C’était un geste simple et amical qu’ils faisaient tout le temps.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? avait demandĂ© Melissa en gloussant.

— Le berceau, pardi !

Melissa avait Ă©clatĂ© d’un rire cristallin en examinant la grande boite dĂ©posĂ©e aux pieds de son Ă©poux.

— Mais on vient Ă  peine de terminer la couleur que tu veux dĂ©jĂ  installer le berceau ?

— C’est exact ! Et j’aimerais dĂ©jĂ  que ce petit bonhomme soit lĂ  !

John avait déposé sa main sur le ventre légÚrement arrondi de Melissa avant de déposer ses lÚvres contre les siennes.

— Beurk ! avait dit Hanna avant de rire dans le creux du cou de Theo.

La porte de la chambre s’ouvrit, Ă©mettant un lĂ©ger grincement. Cela faisait une annĂ©e complĂšte qu’elle n’avait pas Ă©tĂ© ouverte. Cette piĂšce avait Ă©tĂ© comme condamnĂ©e et de la poussiĂšre s’était accumulĂ©e sur le grand berceau qui ornait la piĂšce recouverte d’une couleur bleue.

Hanna observait la piĂšce en se rappelant de chaque instant passĂ© en compagnie de ses parents et de Theo. Un doux sourire se dessina sur son visage en y repensant avant que son cƓur ne se brise. Elle se sentit dĂ©faillir et manqua de tomber, rattrapĂ©e de justesse par Theo qui lui attrapa la main et plaça l’autre au creux de ses reins.

— Hanna, ça va ? interrogea-t-il en fronçant les sourcils.

— Theo, je


L’adolescente avait la respiration coupĂ©e. Elle croisa le regard de Theo et secoua la tĂȘte de gauche Ă  droite. Sa bouche Ă©tait devenue pĂąteuse. Elle manquait d’air.

— Hanna ? rĂ©pĂ©ta Theo sur le mĂȘme ton.

— J’ai besoin d’air, murmura simplement l’adolescente.

Theo comprit qu’elle faisait comme une crise de panique. Il referma la porte devant les yeux de son amie et l’entraĂźna en bas. Il ouvrit la porte d’entrĂ©e et Hanna se prĂ©cipita Ă  l’extĂ©rieur. Hanna se laissa tomber lourdement sur les graviers qui lui Ă©corchĂšrent les genoux et les paumes de ses mains. Quelques gouttelettes de sang perlĂšrent sur le sol.

Theo s’accroupit au cĂŽtĂ© de son amie d’enfance. Il ne savait pas rĂ©ellement quoi faire, mais instinctivement, il attira Hanna contre son torse. Elle ne le repoussa pas, s’engouffrant un peu plus dans ses bras chaleureux. Theo pouvait sentir sa chemise s’humidifiĂ©e des chaudes larmes qui coulaient des yeux de Hanna.

— Je suis dĂ©solĂ©, lui dit-il.

Ses yeux menacĂšrent Ă  son tour de versĂ©s des larmes. Il berça doucement son amie comme il aurait dĂ» le faire l’annĂ©e derniĂšre.

— Je suis tellement dĂ©solĂ©, rĂ©pĂ©ta-t-il dans un murmure. Je sais que ça ne change rien. Mais je voulais quand mĂȘme que tu le saches. J’aurais tellement voulu ĂȘtre lĂ  pour toi. Je devais ĂȘtre lĂ . Je n’ai pas d’excuses pour ce que j’ai fait. Je m’en veux tellement. Tout ça
 Tout ça, c’est entiĂšrement de ma faute.

Hanna renifla dans la chemise de Theo. Elle releva doucement son regard vers lui. Ses sourcils se froncĂšrent avant qu’elle n’enroule son cou de ses bras et qu’elle l’enlace avec fĂ©rocitĂ©.

— S’il te plait, murmura-t-elle dans son oreille. Ne me quitte plus jamais. Ne me laisse plus


— Je te le promets ! Tu ne seras plus jamais seule. Je te le promets.

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4 réflexions sur “💋 Chapitre 14

  1. histoirescecile13 dit :

    Un chapitre trĂšs Ă©mouvant et trĂšs fusionnel. ThĂ©o est trĂšs intimidĂ© par Hanna, si bien qu’il en perd un peu ses moyens. C’est vraiment touchant de le voir dans cet Ă©tat, preuve qu’il a des sentiments envers Hanna. Je suis toujours autant sous le charme de ton histoire ma chĂšre Alessandra. Merci pour ce joli partage que j’ai pris plaisir Ă  lire. Gros bisous Ă  toi et passe une trĂšs belle soirĂ©e !

    Aimé par 1 personne

    • Alessandra dit :

      Merci Ă  toi, comme toujours ❀
      Hanna est assez intimidante finalement :p j'espÚre réussir à bien créer ce personnage masculin parce que ce n'est jamais évident quand on est une fille ^^
      Encore merci et belle soirĂ©e ❀

      Aimé par 1 personne

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