💋 Chapitre 22

Chapitre 22

« Pour quelles raisons une passion en devient-elle une ? Est-ce parce qu’une activité nous donne l’adrénaline qui fait battre notre cœur, nous rappelant que nous sommes bel et bien vivant ? Ou est-ce parce que notre passion nous a sauvés la vie ? »

Hanna relu le paragraphe qu’elle venait d’écrire. Cela faisait une éternité qu’elle n’avait pas réussie à aligner autant de mots les uns à la suite des autres, lui provoquant ce sentiment indescriptible.

L’adolescente se remémora cette fin de journée à l’hôpital. Emma s’apprêtait à signer les papiers qui autoriseraient le débranchement de son frère et entraînerait ainsi son décès. Theo était rentré en trombe dans la chambre. Elle pouvait encore se souvenir de sa respiration saccadée et de son regard plein d’espoir.

— Ne faites pas ça, avait-il dit.

— Ce n’est pas à toi de prendre cette décision.

La voix d’Emma était sèche. Elle avait reposé son stylo en observant l’adolescent resté dans l’encadrement de la porte. Emma avait observé Jennifer et avait rapidement compris que c’était l’infirmière qui avait prévenu son fils de ce qu’elle s’apprêtait à faire.

— Je pourrais vous faire renvoyer pour l’avoir prévenu ! Le secret médical, vous ne connaissez pas ?

Emma n’avait la moindre once de colère dans sa voix. Elle était comme soulagée. Une partie d’elle venait d’accepter l’issue fatale pour son neveu, une autre espérait encore que quelque chose intervienne avant qu’il ne soit trop tard.

— Theo, avait soufflé Hanna en secouant la tête de gauche à droite.

— S’il te plait, Hanna. Tu ne peux pas accepter qu’on le débranche. Il y a encore une chance qu’il se réveille !

— Il y a quatre-vingt-dix pourcents de chances qu’il ne se réveille jamais. En tout cas, pas sans séquelles.

— Le pourcentage restant est suffisant pour garder espoir. Je t’en prie… Ne fais pas ça…

— Non, toi, tu ne fais pas ça ! s’était énervée l’adolescente. Tu ne peux pas venir ici et nous empêcher de prendre une décision qui revient à la famille ! Et tu ne fais pas partie de la famille.

— C’est faux ! s’était-il écrié. Nous ne sommes pas du même sang, mais on se connait depuis tellement d’années que je suis comme un membre de ta famille. Et tu le sais. Tu as pris cette décision sur un coup de tête…

— Non, c’est faux !

Les cris de Hanna avait fait sursauter sa tante. Les yeux de l’adolescente s’étaient humidifiés en une fraction de secondes et de grosses larmes s’écrasèrent rapidement contre ses lèvres. Theo s’était approché de la jeune fille et l’avait enlacé délicatement. Cette chaleur humaine, elle en avait terriblement besoin, surtout à cet instant. Theo en avait également besoin.

— Je suis là, avait-il murmuré.

Hanna avait pu sentir le cœur de Theo battre dans sa poitrine. Cela l’avait apaisé durant un temps. Hanna s’était doucement détachée de son étreinte, même si elle aurait souhaité y rester pour l’éternité. L’adolescente s’était lentement approchée de son petit frère et posa délicatement sa main contre sa poitrine. Le cœur de l’enfant avait cogné dans sa poitrine et Hanna l’avait ressentit.

— Son cœur bat encore, avait murmuré Theo, derrière elle. Il est vivant.

— Il est vivant, avait-elle répété.

— Et il va se réveiller.

Hanna s’était tournée vers sa tante qui pleurait silencieusement. D’un simple regard, elle comprit qu’elle ne devait pas signer ces papiers. Hanna avait alors attrapa la main de Theo et ils avaient quitté l’hôpital, main dans la main, tel un couple qu’ils n’étaient pas. Ils n’avaient pas prononcé le moindre mot. Hanna avait simplement une nouvelle fois enlacé son ami d’enfance et cela avait signifié beaucoup. Cela avait signifié un « merci » imprononçable.

Hanna s’était retrouvée au parc près de chez l’adolescente. Hanna s’était installée sur la balançoire, comme à son habitude et elle s’était mise à écrire sur son petit carnet. Elle n’écrivait pas seulement pour le devoir de littérature, mais également pour elle-même. Cette sensation d’étaler de l’encre noire sur le papier blanc lui procura des frissons.

« L’écriture est une passion qui peut sembler banale. Prenez en comparaison la passion pour les sauts en parachute. C’est beaucoup plus impressionnant dans la mesure où cette passion suscite de nombreux commentaires, souvent futiles. On nous questionne sur notre peur, ce qui est assez idiot puisqu’à partir du moment où nous aimons sauter en parachute, c’est que la peur est inexistante. Ou est-ce ce genre de peur qui constitue notre passion ? Chaque passion est si différente. Pourtant, écrire suscite également de la peur. Nous demande-t-on pour autant si un écrivain la ressent ? Non. Pourtant, un écrivain a peur. Peut-être plus que celui qui saute en parachute. Il n’a pas seulement peur de la page blanche. Il ressent une peur beaucoup plus profonde et surtout indescriptible. Il faut vivre cette peur pour la comprendre. »

— Qu’est-ce que tu écris ?

Hanna fit tomber son stylo dans l’herbe. Une main masculine le ramassa avant de lui tendre. Leurs mains s’effleurèrent timidement alors que leurs regards se croisèrent. Theo s’installa sur la balançoire voisine à celle de son amie.

Il n’attendait pas de réponse de sa part. Un écrivain ne dit pas ce qu’il écrit avant d’avoir fini. Cette question avait autant de valeur qu’un « comment vas-tu ? ». C’était tout simplement une phrase qui servait à briser la glace et engager une conversation. La réponse n’a pas d’importance, même lorsqu’il s’agit d’une personne qui nous est proche. Tout le monde s’en fiche d’un sincère « je ne vais pas bien. »

Ce qui intéressera sera le reste de la conversation, la manière dont l’autre pourra aider cette personne. Un écrivain nous répondrait simplement « j’écris ce qu’il me passe par la tête ». Parce qu’il ne voudra jamais expliquer son histoire. Il préfèrera qu’elle soit lue, comprise, ressentie.

— Ce qu’il me passe par la tête, répondit simplement Hanna.

L’adolescent esquissa un sourire en coin. Il avait eu raison. Un écrivain ne permet pas qu’on lui viole son intimité. Ses plus profondes pensées sont comme une carte au trésor qu’il faut déchiffrer.

— Mais tu verras ça assez tôt, rajouta-t-elle.

Hanna rangea son carnet et son stylo dans le sac posé à ses pieds. Son regard se tourna longuement vers son ami.

— Merci, finit-elle par dire.

— Pourquoi ?

— Pour ce que tu as fait pour Alexis.

— Je n’ai rien fait pour lui, rétorqua-t-il.

— Tu lui as sauvé la vie !

— Si tu savais, marmonna-t-il entre ses dents.

— Si je savais quoi ?

Theo sursauta légèrement. Il ne s’attendait absolument pas à ce que Hanna l’entende.

— Si tu savais que je ne l’ai pas fait pour lui, mais pour toi…

Theo l’aperçu sourire en toute sincérité avant d’émettre un léger rire enfantin qui lui réchauffa le cœur. Cela faisait longtemps que Hanna n’avait pas parue si épanouie.

— J’ai l’impression que tu as franchi une étape dans ta vie, fit-il remarqué.

— Je suis heureuse. Je ne pensais pas que je pourrais l’être de nouveau un jour. Tu m’as empêché de commettre la plus grosse erreur de ma vie.

— Peut-être était-ce écrit, sourit-il.

— Tu crois au destin ? plaisanta l’adolescente.

— Non.

Theo secoua la tête de gauche à droite.

— Mais je crois en toi. C’est déjà pas mal, tu ne crois pas ?

— Alexis rentre à la maison à la fin du mois, confia-t-elle.

C’était comme si l’enfant avait senti qu’il allait bientôt mourir et avait décidé de se battre une dernière fois et d’ouvrir les yeux. Il y a une semaine, Hanna souhaitait débrancher les machines qui tenaient son frère à la vie, aujourd’hui, il était réveillé et ne semblait pas gardé trop de séquelles irréversibles.

— J’ai tellement hâte qu’il grandisse, s’enjoua-t-elle.

— Pas trop vite quand même, sourit Theo en passant une main sur sa joue.

— Tu as raison. Je suis encore sous le choc qu’il se soit finalement réveillé. Il s’en sort presque indemne. C’est dingue !

— Il a eu beaucoup de chance.

— Cette chance… Sa vie toute entière… Il te la doit, sourit doucement Hanna. J’aimerais que tu n’oublies jamais, Theo. Tu nous as empêchées de le tuer.

Theo ne répondit pas. Un silence s’installa entre les deux adolescents qui se balançaient doucement.

— J’aimerais qu’il neige, avoua Hanna en regardant le ciel.

— On est en Californie et au mois d’octobre, railla-t-il.

— Je sais, mais je n’en n’ai jamais vu. Comment c’est ?

— Je ne sais pas…

— Ah bon ? Il ne neige pas à Boston ? s’étonna-t-elle.

Theo écarquilla brièvement les yeux. Il resta silencieux quelques secondes devant le regard surpris de son amie à ses côtés.

— Bien sûr qu’il neige à Boston, se reprit-il. Mais je voulais dire que je ne savais pas la décrire. Je ne suis pas doué avec les mots comme tu peux l’être.

Hanna éclata d’un rire cristallin face à la remarque de Theo.

— Tu sais que papa m’emmenait toujours ici quand j’étais petite, expliqua-t-elle avant de marquer une courte pause. Je pense que si tu me demandes quel est l’endroit que j’aime le plus au monde, je te répondrai que c’est ici, confia-t-elle avant de se tourner vers son ami. Et toi ?

— Quoi ? Je suis censé te dire quel est l’endroit que j’aime le plus au monde ?

Hanna hocha positivement la tête. Elle avait un air de petite fille imprimé sur le visage. Theo poussa un léger soupir. Son regard se baissa de nouveau. Il aurait pu citer de nombreux endroits : le terrain de basket-ball, la plage au sable chaud et à l’océan transparent… Mais un endroit lui était davantage important que tout les autres. Theo plongea son regard dans celui de Hanna. L’adolescente n’avait pas perdu son sourire.

— D’accord, alors… mon endroit préféré est…

— Que tu aimes le plus au monde, corrigea Hanna.

— D’accord, que j’aime le plus au monde… J’aimerais que ça soit dans ton cœur.

→ Épisode suivant

Publicités

4 réflexions sur “💋 Chapitre 22

  1. histoirescecile13 dit :

    Wahou ! Vraiment chapeau ma chère Alessandra ♥. Je pensais réellement que tout serait terminé pour le petit Alexis mais ouf ! Je suis vraiment heureuse qu’il se soit enfin réveillé. Et puis les mots que tu exprimes en ce qui concerne le monde de l’écriture. … c’est tout à fait ça. Tu as su nous expliquer la passion de l’écrivain pour sa plume. C’est plein de finesses et de raffinements. Oui, l’écriture n’est pas commune, elle vous transperce le coeur et l’esprit jusqu’au plus profond de vous même. Il n’y a aucune limite et tout est possible. Merci encore pour ce bon moment. Et la fin de ce chapitre est magique. Wahou…. ce Théo n’est vraiment pas commun. Gros bisous Alessandra et douce nuit si jamais tu étais déjà endormie. ♥♥♥

    Aimé par 1 personne

    • Alessandra dit :

      Ohh merci ❤
      J'ai longtemps hésité sur le sort du petit Alexis, mais j'ai pensé que Hanna avait déjà trop vécu pour en plus perdre son petit frère 🙂
      Ohhh tu es adorable ! 🙂 J'aime beaucoup ta façon de dire "l'écriture vous transperce le coeur et l'esprit jusqu'au plus profond de vous-même" garde cette phrase dans un coin parce qu'elle est très profonde 🙂
      Gros bisous ma Cécile, je viens seulement de voir ton commentaire mais je dormais déjà hier quand tu l'as posté, oui ^^ bonne soirée ❤

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s