💋 Chapitre 23

Chapitre 23

« Parfois, l’endroit que l’on aime le plus au monde n’est pas là où nous avons nos plus beaux souvenirs, mais là où nous avons le plus souffert. Car ce ne sont pas les moments heureux qui nous apprennent comment vivre. La souffrance nous permet de nous sentir exister. Sans elle, nous ne sommes que des épaves. »

Hanna griffonnait rapidement ces quelques mots avant de ranger de nouveau son carnet et son stylo dans son sac. Theo l’observait en silence. Il ne savait pas comment réagir face au comportement de Hanna. Il savait qu’elle faisait toujours cela lorsqu’une idée lui traversait l’esprit : mettre en pause le monde extérieur et écrire. Mais il aurait espérer connaître son opinion par rapport à la réponse à sa question.

— Tu sais… commença-t-elle en se tournant de nouveau vers Theo. Mon cœur n’est pas un endroit.

— Dommage, blagua-t-il en haussant les épaules.

— Tu as brisé mon cœur, tu le sais ?

C’était la première fois que Hanna perdait son sourire pendant qu’ils discutaient en cette après-midi ensoleillée.

— Mais…, poursuit-elle après une courte pause. Tu m’as aussi fait me sentir vivante. Et je pense qu’il est très rare de trouver une personne sur Terre qui nous donne cette sensation. Je pense que c’est pour cela qu’on a tous au moins une passion. Parce qu’on ne peut pas se fier à notre entourage alors qu’une passion sera toujours là pour nous rappeler que notre vie vaut la peine d’être vécue.

— Tu ne veux pas écrire ça dans ton carnet ? questionna Theo, un sourire en coin.

— C’est déjà écrit.

Son visage s’illumina de nouveau d’un large sourire. Elle posa doucement sa main sur la poitrine de Theo.

— C’est écrit ici, susurra-t-elle.

Theo se sentit rougir au contact de la chaleureuse main de Hanna. L’adolescente se sentit soudainement gênée et s’apprêta à enlever sa main, mais Theo empêcha son geste en déposant sa propre main contre la sienne. Ce contact les fit frissonner tous les deux.

Les deux adolescents restèrent dans cette position un long moment avant que Theo ne décide de rompre leur contact durant le temps de se redresser. Il attrapa de nouveau la main de son amie et l’invita à se lever à son tour. Ils marchèrent main dans la main autour du parc en passant devant l’étang où plusieurs cygnes blancs se dressaient alors que les canards cancanaient.

— Pourquoi ça ne serait pas cet étang ton lieu préféré ? demanda Hanna.

Theo ne répondit pas tout de suite. Il observa leurs reflets dans l’eau claire.

— Tu te rappelles de nos après-midi ici lorsque nous étions enfants ? poursuivit l’adolescente en tournant son visage vers Theo.

— Je n’ai rien oublié, affirma-t-il, un sourire malicieux se dessina sur son visage.

— Je me souviens du jour où tu m’as poussé dans cet étang et que je suis rentrée trempée de la tête aux pieds.

Hanna éclata d’un doux rire accompagné de celui de Theo. L’adolescent tourna son visage pour l’observer. Il pensa à quel point son rire cristallin lui avait manqué durant son année d’absence.

— Je t’aime, murmura-t-il. Mais c’est surement une erreur.

— Theo, soupira-t-elle.

— Quoi ? J’ai raison.

— Pourquoi tu gâches tout ?

Theo haussa simplement les épaules. Son regard se perdit dans le vide avant qu’un sourire ne se dessine sur son visage.

— Tu as raison. T’aimer n’est pas l’erreur. L’erreur est ce que je m’apprête à faire…

— Ne t’avise surtout pas de faire ça ! s’écria Hanna, les deux bras devant elle afin de se protéger.

— Pourquoi ? railla-t-il. Tu ne veux pas boire la tasse comme tu l’as déjà fait ?

Theo s’avança de quelques pas, s’amusant de voir son amie reculer à chaque mètre qu’il parcourait pour la rattraper. Soudainement, il s’arrêta. Hanna comprit que ce petit jeu était terminé et laissa retomber ses bras le long de son corps.

— Tu vas écrire sur quel événement de ta vie ? questionna Hanna, changeant de sujet.

— Sur cette journée, répondit-il en s’asseyant sur le banc face à l’étang.

— Elle est banale !

Hanna s’installa à son tour sur le banc et écouta le bruit de l’étang avant de plonger son regard dans celui de Theo.

— Et alors ? interrogea Theo en arquant un sourcil.

— Les plus belles histoires sont celles qui ont du mystère. Et les meilleures, selon moi, sont celles dont tu ne peux pas deviner la fin avant qu’elle n’apparaisse à toi.

— Tu ne connais pas la fin de ma journée.

— Je peux te la deviner en trente secondes, rétorqua-t-elle fièrement. Il commence à se faire tard alors Theo Reyes décide de ramener Hanna Sampson jusqu’à chez elle. Après quelques mots et rires échangés, il reprend la route jusqu’à son tout nouvel appartement où sa mère prépare le souper. Il espère qu’il mangera des pâtes car c’est son plat préféré. La nourriture italienne a toujours été son point faible. Après ce succulent repas, Theo décides de regarder un film à la télévision avant de partir se coucher. Il veut être en forme pour le lycée, le lendemain.

Hanna marqua une pause durant quelques secondes.

— Tu vois, je connais la fin de ta journée.

— En résumé : la vie de Theo Reyes est ennuyeuse.

— Elle n’est pas ennuyeuse, rit l’adolescente. Elle est juste prévisible.

— Tu as oublié d’écrire le moment où j’allais me venger de Hanna Sampson.

Hanna fronça les sourcils pendant que Theo replaça une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Elle l’aperçu doucement s’approcher d’elle, sentir son souffle chaud contre son visage. Hanna ferma les yeux un court instant avant d’éclater de rire. Elle se mit à se tortiller dans tous les sens alors que Theo lui chatouillait les côtes.

— Tu… vas… me… le payer ! jura-t-elle en riant.

Les deux adolescents riaient aux éclats comme deux enfants encore innocents, avec des rêves intacts. Quelques passants les regardaient d’un œil amusé par leur comportement qui reflétait le bonheur à l’état pur sans se douter une seconde de tout ce qu’ils avaient déjà traversé et sans penser aux épreuves qu’ils devront vivre plus tard.

Hanna reprit son calme lorsque Theo stoppa de la chatouiller. Sa respiration était bruyante alors qu’elle remettait ses cheveux dans un ordre présentable. Theo s’enfonça davantage sur le banc. Son regard scrutait l’horizon. Il sursauta légèrement lorsque Hanna se blottit dans ses bras, son visage contre son torse. Instinctivement, il resserra l’étreinte.

— On devrait rentrer, souffla-t-il à contre cœur.

— Je suppose que tu me ramènes, sourit-elle en se redressant.

Theo hocha positivement la tête avant de se lever et d’attraper la main de sa meilleure amie. Ils prirent le chemin le plus long afin de prolonger leur moment en tête à tête. Theo avait sans aucuns doutes passé la plus belle après-midi depuis son retour en ville.

— Tu vas faire quoi du reste de ta soirée ?

Hanna s’était penchée au carreau ouvert de la voiture de Theo alors qu’elle se trouvait face à sa maison.

— Surement manger le plat que maman me prépare. J’espère des pâtes… Puis, je vais regarder un film avant d’aller dormir pour être en forme pour le lycée, demain.

Theo parla sérieusement avant d’éclater de rire, suivit de celui de Hanna.

— Dans ce cas, passe une bonne soirée banale !

Hanna tourna les talons après un dernier de main et disparu derrière sa porte d’entrée. Theo attendit qu’elle claque la porte derrière elle avant de démarrer. Un sourire était accroché à ses lèvres durant toute la route qui le mena à son appartement.

Il gara son véhicule devant le bâtiment et rejoignit le numéro 387 situé au 3ème étage. Il ouvrit la porte sans quitter son sourire.

— Dégage ! Ne reviens plus jamais !

Theo fronça les sourcils en entendant le cri de sa mère. L’adolescent se précipita dans le salon et l’aperçu frapper de ses petits poings un homme qu’il ne vit que de dos, habillé d’un costard et coiffé à la perfection. Le genre d’homme que l’on devine à sa simple allure qu’il ne manque pas d’un seul dollar.

— Maman ? questionna Theo.

Jennifer croisa le regard de son fils. Son teint pâlit. Elle ouvrit la bouche et la referma aussitôt en lui lançant un regard désespéré. Son regard se dirigea de nouveau vers l’homme qui lui faisait face. Elle aurait souhaité l’empêcher de se retourner, claquer des doigts et le faire disparaître, mais elle ne possédait pas de pouvoirs magiques.

— Qui est-ce ? demanda Theo en s’avançant de plus en plus près.

L’homme se retourna avec lenteur. Une partie de lui semblait vouloir laisser du suspens à l’adolescent qui ne cessait d’interroger sa mère. Jennifer secouait négativement la tête comme si ce geste changerait la situation. L’homme lui esquissa un sourire avant de se tourner entièrement et de faire face à Theo.

Theo se stoppa net lorsqu’il croisa le regard d’un bleu transparent de cet homme inconnu qui se trouvait dans le salon de son tout nouvel appartement. Son cœur rata un battement. Cet homme n’avait jamais fait son apparition auparavant, mais Theo savait parfaitement de qui il s’agissait.

— Theo, je suis désolée, sanglota Jennifer.

L’adolescent ne répondit rien à sa mère. Il était comme ensorcelé par le regard perçant de cet homme de belle allure. Il observa chaque détail de son visage. De ses petits yeux clairs à ses lèvres tirées en un rictus qui mit mal à l’aise l’adolescent, à sa barbe mal rasé, à ses cheveux châtains courts et parfaits.

Theo resta silencieux durant plusieurs minutes. Ses poings se serrèrent soudainement et ses sourcils se froncèrent. Il était clair que sa soirée banale ne le serait pas tant que ça, finalement.

— Papa.

Le père de Theo esquissait un sourire heureux. Derrière lui, Jennifer sanglotait silencieusement.

— Mon grand garçon ! s’exclama son père.

Ses bras s’ouvrirent alors qu’il avança de quelques pas, prêt à serrer son fils unique dans ses bras. Theo l’esquiva et se plaça aux côtés de sa mère qu’il serra doucement dans ses bras en attrapant son épaule. Son père émit un rire nerveux. Ses bras tombèrent lourdement contre ses cuisses alors qu’il se retournait vers son ex-femme et son fils.

— Tu as fait du bon travail, Jenny.

— C’est sûr que toi, tu n’as rien fait ! cracha Theo.

— Theo, s’il te plait… Je suis sûre que ta maman ne t’a pas de dit de bonnes choses à mon propos. Et je la comprends totalement. Mais laisse-moi une chance…

— Elle n’a rien eu besoin de me dire. Tu es parti lorsque j’étais enfant, ça en dit long. Tu es un inconnu à mes yeux, point final. La sortie est là-bas.

Theo désigna la porte d’entrée d’un geste de la main alors que ses sourcils se froncèrent, lui donnant un regard dur.

— Theo, s’il te plait… Laisse-moi une chance, supplia son père.

— Ca ne m’intéresse pas. Je vivais très bien sans toi !

— D’accord… céda-t-il en poussant un soupir de déception.

L’adulte plaça une main sous la veste de son costard et en sortit une petite carte de visite blanche qu’il déposa sur un meuble.

— Je te laisse mon numéro de téléphone au cas où tu changes d’avis.

— Je ne changerai pas d’avis.

— Réfléchis-y quand même…

Sans un mot supplémentaire, il tourna les talons et quitta l’appartement. Jennifer poussa un soupir de soulagement dès qu’elle entendit la porte claquer derrière le corps de son ex-mari.

— Je suis désolée, murmura-t-elle.

Elle attrapa machinalement la carte que le géniteur de son fils avait déposée contre le meuble. Un rire nerveux s’échappa d’entre ses lèvres pincées.

— Regardez-moi ce prétentieux. Il a laissé sa carte professionnelle !

Jennifer secoua la petite carte blanche devant les yeux de son fils avant de la déchirer en morceaux et de la jeter à la poubelle.

— Je suppose que tu ne voulais pas son numéro ?

— Non, absolument pas.

Theo se tourna vers sa mère qui partit dans la cuisine. Il l’observa sortir des casseroles d’une armoire alors qu’il s’adossait contre l’ouverture de la porte.

— Comment nous a-t-il retrouvé ? questionna-t-il.

Jennifer resta silencieuse. Elle continua à sortir des ustensiles de cuisine alors qu’elle sentait le regard sombre de son fils l’observer dans son dos. Theo pensa à John, le père de Hanna et celui qu’il considérait comme son véritable père.

Il se rappela du jour où il avait menti à Sara en lui disant que son père était un homme à la maison. Il pensait en réalité à John qui réalisait du télétravail pour une société australienne de communication. John était son véritable père, pas cet homme qui était venu le narguer, lui et sa mère, avec son costard lisse et sa carte de visite.

— Maman ? insista Theo en sortant de ses propres rêveries.

— Sa nouvelle femme a été admise à l’hôpital et je l’ai malheureusement croisé. Je ne savais même pas qu’il était en ville… avoua Jennifer en se retournant. Je ne voulais pas lui parler, mais il m’a suivie jusqu’ici et je n’ai pas su l’empêcher d’entré…

Theo hocha la tête de compréhension. Son regard se baissa dans le vide avant d’observer de nouveau sa mère qui préparait le souper.

— Est-ce qu’il t’a fait du mal ?

— Non ! affirma Jennifer en se retournant brusquement. Il ne m’a pas touchée, mais j’ai eu très peur…

— On doit déménager.

— Hors de question ! Nous avons emménagé il y a moins d’un mois.

— Il sait où nous vivons…

— Je sais, grimaça Jennifer.

Elle passa nerveusement une main dans sa nuque. C’était un geste de famille lorsqu’ils étaient nerveux. Un signe distinctif qui les trahissait et donc ils ne pouvaient pas se débarrasser malgré leurs efforts.

Theo remarqua la nervosité grandissante qui envahissait le corps fatigué de sa mère. Elle ne travaillait plus autant qu’auparavant grâce à la vente de leur ancienne maison qui avait comblé le trou dans leur portefeuille, mais la fatigue s’était ancrée en elle, comme un parasite.

Theo déglutit difficilement en apercevant la tristesse dans les yeux de sa mère. Jennifer lui avait parlé de son géniteur comme une personne violente et trop portée sur la boisson. Elle lui avait expliqué les soirées où il la battait et ses heures à essayer de camoufler ses hématomes sur sa peau. Son père était parti quelques temps après sa naissance, sans raisons, sans explications. Cela avait soulagé Jennifer et elle espérait qu’il ne revienne plus jamais dans sa vie. Ce qu’il n’a jamais fait jusqu’à ce jour.

Son père semblait avoir refait sa vie. Une nouvelle femme, un nouveau style de vie. Il semblait différent, prêt à rattraper ses erreurs du passée. Mais comment rattraper l’impardonnable ? Il battait son épouse et il a finit par l’abandonner à la charge d’un enfant. Peut-il réellement espérer obtenir une seconde chance après tant d’années ? Même si les choses changent, certains actes passés demeurent inchangés dans l’esprit et dans les cœurs de ceux qui ont souffert.

Theo pensa soudainement à Hanna. Sa mère sembla l’avoir comprit puisqu’elle s’approcha de lui et lui entourant le visage des paumes de ses mains gelées.

— Nous ne pouvons pas déménager, Theo… répéta-t-elle tristement. Parce qu’il sait. Il sait pourquoi tu es parti l’année dernière.

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4 réflexions sur “💋 Chapitre 23

  1. histoirescecile13 dit :

    Merci pour ce chapitre très intéressant avec l’apparition soudaine du père biologique de Théo. Je sens que les choses vont pas tarder à se gâter. Quel plaisir de te lire. Je ne suis vraiment pas déçue ! Comme quoi, j’ai du nez pour reconnaître les talents de certaines personnes. Je t’embrasse bien fort ! Gros bisous et belle soirée

    Aimé par 1 personne

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