💋 Chapitre 33

Chapitre33

Hanna avait envoyĂ© un message sur le tĂ©lĂ©phone de Theo. Elle lui proposa de la rejoindre au parc prĂšs de chez elle. Ce parc Ă©tait devenu leur endroit. Ils y avaient vĂ©cus de nombreux moments. Tout lui rappelait sa vie. De ces moments heureux Ă  ces moments tristes. Ce parc Ă©tait l’entrĂ©e de son cƓur. Si quelqu’un dĂ©sirait tout connaĂźtre de Hanna, il suffisait de se balader parmi les arbres et s’asseoir sur une balançoire, se laisser guider par les bruits et les senteurs.

Theo avait esquissa un sourire en lisant le message de Hanna. Il n’avait pas hĂ©sitĂ© un seul instant avant de s’engouffrer dans son vĂ©hicule et se la rejoindre. Il laissa sa voiture garĂ©e Ă  quelques mĂštres de l’entrĂ©e et continua le chemin Ă  pieds. Le parc Ă©tait encore calme Ă  cette heure-ci. Les enfants mangeaient chez eux et feraient leurs devoirs avant de venir y passer du temps. Il ne chercha pas longtemps l’adolescente des yeux, la trouvant Ă  son emplacement habituel. Elle se balançait doucement, les cheveux dans le vent.

Theo s’approcha doucement d’elle. Chaque mĂštre qu’il parcourait augmentait le sourire dessinĂ© sur ses lĂšvres. Il se retrouva dos Ă  elle et prit l’initiative de lui chatouiller le creux du dos. Hanna sursauta et poussa un petit cri.

— Bouh ! se moqua-t-il en lui faisant face.

— J’ai eu peur et que je viens de me ridiculiser ! rĂąla-t-elle avant d’éclater de rire Ă  son tour.

Hanna se releva et se jeta dans les bras de Theo. Cette Ă©treinte surpris Theo, mais il ne la repoussa pas. Il aimait sentir la chaleur de son corps contre le sien et respirer l’odeur fruitĂ©e de sa peau. Theo aurait souhaitĂ© que la Terre cesse de tourner, que leurs poumons cessent de respirer et qu’ils deviennent des statues de marbre, collĂ© l’un Ă  l’autre, dans cette position si apaisante, pour l’éternitĂ©.

Theo songea Ă  quel point la vie Ă©tait courte, mais qu’elle ne s’arrĂȘtait jamais au bon moment. Il esquissa un sourire en imaginant Hanna griffonnĂ© cette phrase dans son petit carnet Ă  la couverture noire oĂč seul le mot « Évasion » Ă©tait inscrit comme un titre en lettres argentĂ©es. Ce mot Ă©tait parfaitement bien trouvĂ© et correspondait parfaitement Ă  Hanna. Elle en possĂ©dait des dizaines semblables oĂč chacun d’eux regroupaient ces textes profonds et intimes. Le but de l’écriture Ă©tait de s’évader, s’échapper de cette vie compliquĂ©e et douloureuse.

— Merci d’ĂȘtre venu, souffla Hanna.

L’adolescente desserra doucement son Ă©treinte. Theo pensa Ă  quel point l’auteur de la phrase « j’aimerais ĂȘtre avec toi pour l’éternitĂ©, mais mĂȘme l’éternitĂ© m’aurait parue trop courte » avait su trouvĂ© les mots justes pour dĂ©finir les pensĂ©es de beaucoup de personnes.

— Tu voulais me parler ? questionna-t-il.

Il l’observa s’installer sur sa balançoire qu’elle recommença Ă  bouger Ă  l’horizontal. Theo resta debout quelques secondes avant de prendre place sur le siĂšge voisin. Il attrapa les cordes et se mit Ă  se balancer Ă  son tour. Une lĂ©gĂšre brise de vent sur son visage le renvoya un instant en enfance. Il observa le ciel d’un bleu Ă©tincelant. Seul un Ă©pais nuage sombre gĂąchait l’horizon.

Theo se tourna vers sa voisine. Il scruta son visage aux joues roses. Ses yeux brillaient Ă  la lueur du couchĂ© du soleil qui leur faisait face, masquĂ© par quelques arbres et par les bĂątiments. Il pouvait inhaler l’odeur du sel ocĂ©anique mĂ©langĂ© Ă  celle des arbres et de l’herbe fraĂźchement tondue.

— Oui, rĂ©pondit-elle simplement.

Trois petites lettres qui semblaient cachĂ©s un prochain message rempli de sens. Trois petites lettres qui firent rater un battement au cƓur de Theo. Sa respiration se coupa un court instant. Trois petites lettres qui pourraient changer tellement de choses.

— Je t’écoute.

Theo lui rĂ©pondit en essayant de masquer sa panique naissance, sa crainte de tout voir voler en Ă©clats. Un verre brisĂ© en milles morceaux. Une douche froide sous cette chaleur chaude. Il n’avait aucune idĂ©e de ce dont Hanna voulait discuter, mais s’il dĂ©testait une chose au monde, c’était lorsqu’on lui prĂ©cisait vouloir discuter de quelque chose sans rentrer rapidement dans les dĂ©tails.

— C’est assez


Hanna marqua une pause. Son regard scrutait l’horizon. Le ciel Ă©tait devenu un mĂ©lange d’orange et de rose dans un ciel encore d’un intense bleu clair.

— 
 compliquĂ©.

Hanna poussa un lĂ©ger soupir alors que Theo fronça les sourcils. Son regard scrutait Ă©galement l’horizon. Le couchĂ© du soleil Ă©tait magnifique. L’immense boule de feu jaune disparaĂźtrait bientĂŽt dans l’eau claire afin de laisser place Ă  sa cousine la lune dans un ciel sombre, mais parsemĂ© d’éclats d’étoiles. Theo pouvait dĂ©jĂ  l’apercevoir. Un croissant fin d’une opacitĂ© Ă  septante pourcent mĂ©langĂ© dans les lignes roses.

Hanna passa ses mains sur sa robe de couleur mauve qu’elle avait centrĂ©e Ă  la taille Ă  l’aide d’une Ă©paisse ceinture noire. Elle balançait dans le vide ses pieds chaussĂ©s dans de petites baskets basses et noires. Theo observa le bracelet qu’elle portait au poignet. Un cadeau de sa mĂšre qu’elle ne quittait plus depuis son dĂ©cĂšs.

Il esquissa un sourire en observant le pendentif tombant sur son dĂ©colletĂ©. Le pendentif reprĂ©sentait un « H ». Theo le lui avait offert plusieurs semaines avant son dĂ©part prĂ©cipitĂ©. Il reprĂ©sentait dĂ©sormais comme un cadeau d’adieu, mais il fut soulagĂ© de voir qu’elle ne l’avait pas jetĂ©, qu’elle avait gardĂ© quelque chose de lui, comme pour ne jamais oubliĂ© son existence, comme si quelque chose au fond d’elle savait qu’il reviendrait un jour.

— Je ne sais pas par oĂč commencer, avoua timidement Hanna.

Son visage se tourna doucement vers celui de Theo. L’adolescent se noya dans les magnifiques yeux de Hanna. Ils les avaient toujours trouvĂ©s d’une beautĂ© indescriptible. Ses petites tĂąches de rousseur sur son nez au bout rond le firent doucement sourire. Il savait Ă  quel point elle les dĂ©testait. Theo pensait simplement qu’il lui donnait un charme supplĂ©mentaire.

— C’est à quel sujet ? questionna-t-il.

Il essayait de l’aider Ă  trouver les mots adĂ©quats pour leur future discussion, mais c’était comme s’ils n’avaient pas encore Ă©tĂ© inventĂ©s. Hanna laissa Ă©chapper un soupir silencieux. Son souffle chaud chatouilla le visage de Theo qui ferma les yeux un court instant avant de les rouvrir.

— C’est à propos de
 moi. Enfin, toi. Je veux dire
 nous.

Hanna bafouilla en rougissant lĂ©gĂšrement. Elle secoua son fin visage dans tous les sens, les mĂšches de ses cheveux volaient contre ses joues. Son geste tentait de mettre de l’ordre dans les idĂ©es qui se bousculaient dans son esprit, mais cela semblait avoir eu l’effet inverse. Hanna secouait une boite d’un puzzle qui n’avait pas d’images pour l’aider Ă  se construire.

— Nous ? rĂ©pĂ©ta Theo.

Il Ă©carquilla lĂ©gĂšrement les yeux. Theo Ă©tait surpris de l’utilisation de ce pronom. « Nous. » Jamais il ne l’avait entendu dire cela pour parler d’eux.

— Oui, nous.

La rĂ©pĂ©tition de ces mots dans la bouche de Hanna eut l’effet d’une bombe dans l’esprit de Theo. Il ne s’agissait pas d’une bombe nuclĂ©aire qui laisserait des milliers de victimes derriĂšre son impitoyable explosion. Theo imagina pourtant qu’une bombe exploserait tĂŽt ou tard et qu’elle ne les Ă©pargnerait pas.

Cette bombe Ă©tait diffĂ©rente. C’était comme l’explosion d’une piñata remplie de sucreries. C’était une bombe de bonheur, une explosion d’une pĂ©dale de rose. C’était quelque chose d’indescriptible, quelque chose qu’il faut vivre pour comprendre.

C’était comme les feux d’artifices qui avaient illuminĂ© les yeux de Hanna lors du Nouvel an, les yeux des enfants en ouvrant leurs cadeaux de NoĂ«l ou d’anniversaire, les yeux des grands-parents lorsque leurs petits enfants leurs rendent visites, les yeux des parents lorsqu’ils voient leurs enfants grandir.

— Je t’aime, murmura Hanna.

Son regard plongea dans celui intense de Theo. Ce n’était pas la premiĂšre fois qu’elle prononçait ses mots et que Theo les lui rendait en retour. Ils les prononçaient sur un ton amical, presque fraternel ou habituel. Ils les prononçaient comme s’ils se saluaient. Ils Ă©taient devenus des mots banals malgrĂ© une signification importante.

Mais aujourd’hui, face au coucher du soleil, au ciel orange mĂ©langĂ© Ă  quelques lignes roses, au bleu clair devenant de plus en plus sombre, laissant le jour dormir et la nuit s’éveillĂ©e, face au croissant de lune qui s’intensifiait au fur et Ă  mesure oĂč le soleil disparaissait, face aux moineaux dans le ciel qui se posaient doucement sur l’herbe, comme les tĂ©moins d’un aveux, d’un « je t’aime » inhabituel.

Ce n’était plus des mots dits avec banalitĂ©. Ces mots signifiaient davantage qu’une simple marque d’affection. Ces mots avaient Ă©tĂ© prononcĂ©s sur un ton diffĂ©rent, sur un battement de cƓur diffĂ©rent. Le tempo avait changĂ©. La mĂ©lodie entiĂšre Ă©tait diffĂ©rente. Un son qui entraĂźnait leurs deux Ăąmes loin de tout, dans une bulle invisible que seuls eux pouvaient percevoir et ressentir.

Cette fois-ci, c’était beaucoup plus qu’un simple « je t’aime ». Ces mots Ă©taient prononcĂ©s pour signifier quelque chose de bien plus puissant. Ces mots murmurĂ©s avec dĂ©licatesse Ă©taient prononcĂ©s pour annoncer « je suis amoureuse de toi ».

Et cela, depuis bien plus longtemps que tu ne le crois.

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4 réflexions sur “💋 Chapitre 33

  1. histoirescecile13 dit :

    Wahou ! J’ai adorĂ© retrouver les aventures de notre charmante hĂ©roĂŻne Hanna. J’ai lu ce chapitre avec beaucoup de plaisir. Tant de sensibilitĂ© parsemĂ© comme des pĂ©tales de roses dans un texte intense en Ă©motions. Un trĂšs bel amour entre deux ĂȘtres merveilleux. Chapeau Alessandra ! Un vĂ©ritable hymne Ă  l’amour ! HĂąte de lire les prochains chapitres ! Je t’embrasse bien fort â€đŸ’˜â€đŸ’‹

    Aimé par 1 personne

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