💋 Chapitre 34

Chapitre 34

Quel effet cela vous procure-t-il lorsque vos lèvres effleurent le goût de ce que vous aimez le plus au monde ? Une explosion de tous vos sens, une dilatation de vos pupilles, des frissons sur votre corps entier ?

Le goût des lèvres de Theo sur celles de Hanna procurait aux deux adolescents une sensation indescriptible. Ils avaient l’impression de franchir la barrière interdite, sauter dans l’herbe derrière le panneau d’interdiction d’y marcher, taguer un mur d’un bâtiment public avec l’adrénaline grandissante d’être vu. Leur baiser était comme une pièce de théâtre privée, où aucuns spectateurs n’étaient permis d’assister au tango joué sur la grande scène.

Hanna s’était retrouvée dans les bras de Theo assis sur une balançoire qui ne cessait de bouger sous leurs mouvements. Ils manquaient d’équilibre et ressentaient une certaine peur de tomber contre l’herbe. Mais ils ne changeraient de position pour rien au monde. Ils étaient dans leur monde au soleil couchant qui leur brûlait la peau, mais surtout pas leurs ailes déployées.

Ils venaient de réveiller leurs sens les plus enfouis au fond de leur cœur meurtri. C’était comme un éveil, une renaissance. Ils étaient des anges qui s’élevaient dans les airs, plus haut que les nuages, à trois mètres au-dessus du ciel comme le disait Step à Babi, bien plus haut encore que l’espace connu des Hommes terriens.

— Beurk !

La voix d’une jeune enfant les observait d’un visage déformé par le dégout. Les lèvres de Theo et Hanna se détachèrent l’une de l’autre tout en rouvrant les yeux. Ils se retournèrent vers une petite fille à la longue chevelure ensoleillée et aux yeux d’un vert plus intense que celui des arbres qui les entouraient toujours.

— C’est un parc pour les enfants ! dit la petite fille.

Le bout de son nez pointa vers le haut. Elle croisa ses petits bras contre sa poitrine et son visage prit une forme de mademoiselle-je-me-mêle-de-tout.

— Désolé, s’excusa Hanna en riant.

— Mais nous sommes toujours des enfants, répondit Theo.

Il se positionna sur la balançoire, repliant ses longues jambes dans les airs afin de pouvoir se balancer sans toucher l’herbe en-dessous de ses semelles.

— Non ! Vous êtes grands !

— Seulement grands de taille, continua Theo.

Il déplia ses jambes qui arrêtent les mouvements de balancelles. Il se releva et attrapa la main de Hanna.

— Mais nous avons encore un cœur d’enfant. J’espère que tu ne le perdras pas en grandissant.

Theo adressa un dernier regard à la petite fille avant d’attirer Hanna vers la sortie du parc. Les parents avaient amenés leurs enfants en cette fin de journée. Le soleil se couchait doucement et ils devraient bientôt rentrés. Les jours de semaines ne leur permettait jamais de trainer longuement dans cet endroit que Hanna qualifiait de magique encore davantage depuis les incalculables baisers échangés avec Theo.

Theo ramena Hanna jusqu’à sa voiture avant de la plaquer délicatement contre la carrosserie. Il déposa une nouvelle fois ses lèvres contre celles de Hanna alors qu’elle entourait son cou de ses fins bras.

— Tu te rends compte de tout le temps qu’on a perdu ? s’attrista Hanna.

— Pense plutôt à tout le temps que nous avons devant nous.

Il déposa un nouveau baiser sur ses lèvres avant de lui ouvrir la portière du côté passer. Hanna s’y installa sans un mot supplémentaire. Un sourire illuminait son visage alors qu’elle plissait les yeux, aveuglée par les derniers rayons du soleil.

— Pourquoi tu me regardes comme ça ? rit Theo en arrêtant son véhicule devant la maison de Hanna.

— Parce que je ne veux pas que cette journée se termine, bouda-t-elle.

— Si tu savais à quel point j’avais envie que la Terre cesse de tourner lorsque nos lèvres se sont touchées. Le monde pouvait exploser derrière nous, je vivais le plus incroyable des moments.

— Je t’aime. Mon seul regret est de ne pas m’en être rendu compte plus tôt.

— Ce n’est rien comparé à longue liste de regrets que je traine derrière moi.

Hanna comprit rapidement qu’il faisait allusion à son absence restée inexpliquée. Elle pourrait lui demander une explication, mais elle n’en avait qu’à faire. Hanna ne souhaitait plus penser au passé. Elle voulait marcher les yeux rivés vers l’avenir, main dans la main avec Theo.

Elle esquissa un sourire en s’approchant de l’adolescent. Ses lèvres se déposèrent avec délicatesse contre celles de Theo, puis elle quitta le véhicule et couru jusqu’à sa porte d’entrée. Elle savait qu’elle pourrait encore rester des heures et des heures avec lui si elle ne s’éloignait pas rapidement de lui. Elle entra chez elle et referma doucement la porte devant son nez, profitant de chaque instant où elle pouvait voir le visage souriant de Theo.

Hanna s’adossa contre la porte d’entrée. Un large sourire restait scotché à ses lèvres. Elle était heureuse comme un enfant qui venait de recevoir le cadeau qu’il souhaitait, comme des parents qui venaient de rencontrer leur nouveau-né, comme un sportif qui venait de remporter une compétition. Elle était heureuse comme jamais elle n’aurait cru pouvoir de nouveau l’être un jour. C’était donc vrai, la théorie de la constante. Personne ne peut toujours être malheureux éternellement. Il y un moment où la pendule revient au centre et peut balancer de nouveau d’un côté ou de l’autre. Les choses peuvent être très mauvaises ou très heureuses.

Elle entendit les pleurs de son petit frère percer ses tympans. Ce bruit la fit redescendre de son petit nuage de bonheur. Elle se dirigea rapidement vers le salon d’où provenaient les cris stridents. Mickaël berçaient Alexis dans ses bras en essayant de le calmer par de légers souffles sur son visage.

— Chut, chut…

Mickaël semblait désespéré. Hanna comprit qu’il était perdu, qu’il n’avait aucune idée de comment stopper les pleurs d’Alexis.

— Tu as besoin d’aide ? demanda-t-elle en s’approchant.

— Non, si je n’y arrive déjà pas avec ton frère… comment vais-je y arriver avec mon futur enfant ?

— Tu y arriveras, affirma Hanna.

— Comment peux-tu en être si sûre ?

— Je sais que tu seras un père génial parce qu’en quelques sortes, tu l’as été pour moi.

Mickaël croisa le regard de l’adolescente. Il était ému par les paroles de Hanna. Il n’aurait jamais cru avoir une aussi grande place dans sa vie. Il s’était toujours considéré simplement comme l’homme qui partageait la vie de sa tante et non comme un membre à part entière de sa famille. Il esquissa un sourire avant de recommencer à bercer Alexis, lui murmurant de mots calmes.

— Je peux te donner un conseil ? demanda Hanna.

— Oui ?

— Alexis a faim, c’est pour ça qu’il pleure.

Mickaël la remercia d’un geste de tête. Il se demandait réellement comme les femmes pouvaient sentir ce genre de choses. Mickaël n’avait jamais eu à subir une aussi grosse crise de la part d’Alexis. C’était un enfant calme jusqu’à aujourd’hui. Peut-être qu’à force de grandir, on se rend compte qu’il nous manque des personnes dans notre vie. Peut-être qu’Alexis commençait à ressentir qu’il ne connaitrait jamais ses parents.

Hanna observa Mickaël nourrir son petit frère avec un sourire nostalgique. Elle se rappelait des premiers moments où son père ne savait pas non plus quoi faire pour calmer son enfant avant que Melissa n’arrive à sa rescousse. Ses parents n’ont jamais eu la chance de connaître plus d’un mois leur second enfant.

Hanna chassa rapidement ses souvenirs du passé tout en grimpant les marches de l’escalier en courant. Elle s’enferma dans sa chambre et attrapa ses écouteurs qu’elle enfonça dans ses oreilles. Hanna se laissa bercer un moment par le son des musiques avant de s’emparer d’un de ces carnets à la couverture noire.

Elle s’installa derrière son bureau où elle déposa avec le plus grand soin son carnet ouvert à la dernière page. Elle commença à écrire en appuyant si fort sur son stylo que le meuble en bois clair tremblait sous le poids des lettres qu’elles inscrivaient les uns à la suite des autres, formant des mots qui correspondaient parfaitement à ses pensées les plus profondes.

« Je pensais que nous étions indestructibles. Le monde pouvait s’écrouler autour de nous, nous serions restés debout, toujours ensemble pour affronter les plus grandes étapes de ce monde. Je pensais que rien ne pouvait nous détruire, que rien ne pouvait nous séparer, que nous trouverions toujours le moyen d’être là l’un pour l’autre. Je pensais que même la mort ne pourrait jamais séparer nos âmes l’une de l’autre. Je pensais que nous étions éternels et que des ailes nous pousseraient sur le dos, que nous rejoindrions les nuages et que nous volerions aux côtés des étoiles. Mais j’avais tort. Tu es parti, sans un mot, sans laisser la moindre trace. La seule preuve de ton existence résidait dans mes lointains souvenirs. Et si ceux-ci s’envolaient ? Et si tu revenais ? »

Hanna referma son livre au point final. Chaque des pages de ce énième carnet avait été noirci de mots qui signifiaient tout pour elle. Hanna le referma avec déjà une pointe de nostalgie. Elle le rangea avec tous les autres déjà complétés. Un nouveau livre commencerait. Serait-il aussi heureux que la fin de celui-ci ?

→ Épisode suivant

Publicités

5 réflexions sur “💋 Chapitre 34

  1. histoirescecile13 dit :

    Tout simplement magnifique ! Merci d’avoir rajouté les liens de suites de tes chapitres en bas de page ! Ta plume est si légère, douce, remplie de passion ! Hanna te ressemble… Elle a une très grande sensibilité. .. Elle écrit toutes ses pensées dans plusieurs livres…. J’adore ! Un excellent chapitre que j’ai pris plaisir à lire !!! De gros bisous…..PS : je n’ai pas pu m’empêcher de lire 2 chapitres le même jour !

    Aimé par 1 personne

    • Alessandra dit :

      Merci beaucoup 💖
      Oui ! J’ai vu l’idée des liens chez une amie, et je trouvais ça hyper pratique ☺
      Ohh, tu es la première à faire remarquer ma ressemblance avec Hanna ☺ Il est vrai que je lui ai donné des parties de ma personnalité ☺
      Encore merci, ton commentaire me touche énormément ♥ hihi c’est sympa si tu lis 2 chapitres le même jour, ça veut dire que tu apprécies vraiment ☺

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s