💋 Chapitre 44

Chapitre 44

La route Ă©tait longue depuis Los Angeles jusqu’à la petite ville de Silver Lake, situĂ©e Ă  quelques lieues de San Diego. John Sampson passa une main devant sa bouche en Ă©mettant un bruyant bĂąillement qui fit sourire son Ă©pouse, Melissa, installĂ©e sur le siĂšge passager.

— Tu veux que je prenne le volant ? proposa Melissa.

— Non, on arrive dans moins d’une heure, ça devrait aller.

John se tourna briÚvement vers son épouse et lui adressa un large sourire lorsque la sonnerie du téléphone de Melissa émit une bruyante sonnerie.

— Oups, vite, vite !

Melissa attrapa rapidement son tĂ©lĂ©phone et dĂ©crocha avant de vĂ©rifier qu’Alexis dormait toujours sur son siĂšge-bĂ©bĂ© Ă  l’arriĂšre du vĂ©hicule familial.

— Hanna ? Tout va bien ? questionna Melissa.

— Non, j’ai faim. Vous rentrez bientît parce qu’il n’y a rien à manger ici.

— Tu aurais dĂ» te commander une pizza ou quelque chose parce qu’on n’a rien non plus.

— C’est bon, on s’arrĂȘta rapidement prendre des sandwichs Ă  une superette Ă  l’entrĂ©e de la ville ! s’écria John.

— Contente ? demanda Melissa à sa fille.

— Trùs ! Merci !

— A tout à l’heure, on t’aime.

— Moi aussi je vous aime, raccrocha Hanna.

Melissa rangea son téléphone portable dans son sac à main avant de lancer un regard amusé à son époux.

— Elle est encore jeune. Elle n’a pas envie de se rĂ©parer Ă  manger, dĂ©fendit John.

— Tu es un papa-poule ! se moqua Melissa en Ă©clatant de rire.

— Et toi, tu es une mĂšre trop stricte ! rĂ©torqua-t-il en riant Ă  son tour.

Melissa et John arrivĂšrent Ă  l’entrĂ©e de la ville de Silver Lake trois quarts d’heures plus tard. John s’arrĂȘta Ă  une supĂ©rette qu’il connaissait trĂšs bien.

— Tu viens avec moi ? demanda Melissa.

— On ne va pas laisser Alexis.

— Il ne se rĂ©veillera pas, affirma-t-elle en sortant du vĂ©hicule.

— J’espùre que tu as raison !

John coupa le moteur et suivit son Ă©pouse qui avait rĂ©cupĂ©rĂ© le berceau de leur nouveau-nĂ©. Il esquissa un sourire en repensant aux yeux brillants qu’avaient affichĂ©s sa mĂšre, la grand-mĂšre d’Alexis, lorsqu’elle aperçu son second petit enfant. Elle Ă©tait dans un lit d’hĂŽpital Ă  Los Angeles et il n’avait pas l’occasion de la voir rĂ©guliĂšrement Ă  cause des kilomĂštres de sĂ©paration. La naissance d’Alexis lui avait accordĂ© cette opportunitĂ©.

Le couple entra dans la supĂ©rette et saluĂšrent le caissier qui leur adressa Ă  peine Ă  coup d’Ɠil. Il semblait occupĂ© Ă  regarder une rediffusion d’un match de base-ball. Le couple Ă©tait les seuls clients en cette heure tardive. Ils se dirigĂšrent vers le fond du magasin afin de rĂ©cupĂ©rer quelques sandwichs Ă  manger. Melissa Ă©clata de rire en voyant son Ă©poux placer un paquet de chips dans le panier qu’il tenait.

— Quoi ? rit-il.

Melissa ne répondit rien. Elle observa son fils toujours paisiblement endormi et esquissa un sourire.

— Je t’aime, dit-elle.

— Je t’aime aussi, rĂ©pondit John en s’approchant pour l’embrasser.

John dĂ©posait Ă  peine ses lĂšvres contre celles de son Ă©pouse lorsqu’il entendit des voix s’élevĂ©es Ă  l’entrĂ©e de la supĂ©rette. Il n’aperçu pas les nouveaux clients, masquĂ©s par les rayons du magasin, mais leurs voix semblaient nerveuse.

— La caisse ! Tout de suite ! s’exclama un homme cagoulĂ©.

Le caissier leva instinctivement les mains en l’air lorsqu’il aperçu trois hommes cagoulĂ©s entrĂ©s dans son magasin. Il tremblait de tout son corps, n’osant effectuer aucun geste.

John et Melissa s’approchĂšrent de la caisse sans apercevoir l’arme braquĂ©e contre la tempe du caissier. Lorsque John tomba nez Ă  nez avec le second braqueur, il s’arrĂȘta net et poussa Melissa derriĂšre son dos.

— Vous ! lança le second braqueur à l’adresse du couple. Vos portefeuilles !

— On ne veut pas de problùme, tenta John.

— Vos portefeuilles ! rĂ©pĂ©ta le braqueur en pointant son arme devant son visage.

Le troisiĂšme braqueur s’approcha doucement de son coĂ©quipier et lui murmura des paroles inaudibles Ă  l’oreille, ce qui arracha un rictus moqueur sur son visage.

— Retourne derriĂšre le volant ! On aura besoin de partir vite ! rĂ©pondit-il.

Le troisiùme braqueur quitta les lieux en lançant un regard à John. Le pùre de famille ouvrit la bouche en l’observant partir puis reporta son attention vers l’homme qui le menaçait d’une arme à feu. Melissa sanglotait derriùre son dos alors que son corps entier tremblait de terreur.

— Vos portefeuilles ! Ne m’obligez pas Ă  vous le rĂ©pĂ©tez une autre fois !

Le caissier remplissait un sac d’argent en lançant des regards inquiet au couple. Alexis se rĂ©veilla alors soudainement et se mit Ă  pleurer en entendant les voix s’élevĂ©s Ă  ses cĂŽtĂ©s.

— Faites taire ce fichu bĂ©bĂ© ! cria l’homme face Ă  John.

— C’est tout ce que j’ai, dit le caissier, la voix tremblante.

— Merci. Bonne nuit.

— Bonne
 ?

Le caissier ne termina pas sa question qu’il tomba contre le sol, une balle entre les deux yeux. Melissa poussa un cri de terreur et tomba à genou.

— Vos
 fichus
 portefeuilles !

— S’il vous plait, supplia John en cherchant dans ses poches son portefeuille.

— Il n’y a pas de s’il vous plait ! lança le meurtrier du caissier.

— Et faites taire ce fichu bĂ©bĂ© ! rĂ©pĂ©ta l’autre.

— Laisse, je vais le faire !

— Non ! cria Melissa.

Melissa recula le berceau derriĂšre elle au mĂȘme instant oĂč le braqueur tira en sa direction. L’impact effleura la jambe de Melissa et atteignit le berceau sans toucher le corps d’Alexis. Pourtant, le nouveau-nĂ© tomba dans un profond sommeil. L’impact de la balle explosa sur son petit corps frĂȘle et le toucha prĂšs de ses poumons.

— Non ! pleura Melissa.

John s’avança par rage et essaya d’arracher l’arme des mains de l’homme qui venait de tirer, mais le second braqueur lui colla une balle. John tomba au sol, baignant dans son sang. Melissa se retourna et Ă©carquilla les yeux.

— S’il vous


Elle ne termina pas sa phrase. Le braqueur qui avait prĂ©cĂ©demment tuĂ© de sang froid le caissier appuya sur la gĂąchette de son arme et elle s’écroula Ă  son tour sur le sol.

Deux mois s’étaient Ă©coulĂ©s depuis le dĂ©cĂšs des parents de Hanna Sampson. Les corps avaient Ă©tĂ© dĂ©placĂ©s sans que les policiers ne sachent pourquoi. La camĂ©ra de surveillance Ă©tait claire : ils Ă©taient bel et bien morts. Mais oĂč se trouvaient les corps restaient un mystĂšre non-Ă©lucidĂ©. Ce n’était d’ailleurs pas l’unique chose non-Ă©lucidĂ©e puisqu’ils n’avaient aucunes pistes quand aux identitĂ©s des braqueurs-assassins.

Les enquĂȘteurs visualisaient encore et encore la vidĂ©o surveillance. Ils voyaient d’abord trois hommes avant que l’un deux qui semblaient plus jeune ne sorte pour ne jamais revenir, puis les deux autres commettre leur massacre. Trois tuĂ©s de sang froid et un nouveau-nĂ© dans un profond coma, luttant contre la mort chaque jour.

La camĂ©ra surveillance se brouillait au dĂ©part des deux assassins. Qui avait dĂ©placĂ© les corps ? L’un d’eux ? Un autre individu ? Les enquĂȘteurs ne savaient pas et ne tarderaient pas Ă  clore l’enquĂȘte pour manque de preuves et de pistes sĂ©rieuses.

L’unique indice qu’ils possĂ©daient Ă©tait le tatouage en forme de serpent sur l’avant-bras d’un des braqueurs. Ils avaient cherchĂ© pendant des semaines s’il s’agissait d’un tatouage d’un gang ou non. Mais ils ne trouvaient rien. Ils se trouvaient dans une impasse pendant que la vie d’une adolescente de seize ans se voyait ĂȘtre dĂ©truite.

Les enquĂȘteurs attendirent trois mois avant de placer l’enquĂȘte en affaire non-rĂ©solue. La sƓur de la dĂ©funte avait fait un scandale. Elle les suppliait de continuer Ă  chercher non pas seulement les meurtriers, mais les corps disparus.

Hanna restait enfermĂ©e dans sa chambre la plupart de ses journĂ©es. Elle avait manquĂ© la rentrĂ©e scolaire et plusieurs journĂ©es entiĂšres de corps. Elle ne supportait pas les visages compatissants l’entourĂ©s. Elle souhaitait simplement ĂȘtre seule. La seule personne dont elle avait besoin Ă©tait Ă©galement partie sans un mot. Son meilleur ami l’avait abandonnĂ© sans explication au moment oĂč elle avait le plus besoin de sa prĂ©sence.

Ce fut lors d’un Ă©niĂšme essai de joindre Theo que Hanna avait prit cette dĂ©cision qui enchaĂźna une seconde davantage plus grave. Elle avait quittĂ© sa chambre et avait rejoint Emma dans le salon. Leurs regards tristes et fatiguĂ©s se croisĂšrent.

— Emma ?

— Oui ?

— J’aimerais
 visualiser la vidĂ©o surveillance de


Hanna ne termina pas sa phrase. Emma la fit taire d’un geste de main avant qu’elle ne prononce ces mots. Ses lĂšvres tremblĂšrent lorsqu’elle demanda pourquoi elle voulait s’infliger cette peine supplĂ©mentaire.

— Je
 j’en ai besoin
 je ne sais pas
 je
 veux juste la voir.

Emma accepta de tĂ©lĂ©phonĂ© Ă  un ami policier qui lui permettrait de lui montrer cette preuve dĂ©jĂ  classĂ©e. Elle avait entraĂźnĂ© sa niĂšce le lendemain au poste de police et elles s’étaient installĂ©es dans une petite piĂšce sombre afin de visualiser la vidĂ©o muette. Emma Ă©tait restĂ©e Ă  l’écart. Elle n’avait pas la force d’observer ses images et avait peur que cela dĂ©truise davantage Hanna.

— Voilà
 ici, c’est lorsque le caissier


Le policier ne termina pas sa phrase. Il dĂ©tourna le regard de l’image montrant le caissier tombĂ© contre le sol baignant dans son propre sang pour observer l’adolescente. Elle ne semblait pas sourcillĂ©e d’un millimĂštre. C’était comme si son cƓur s’était fermĂ© Ă  Ă©prouver la moindre Ă©motion.

Le policier ferma les yeux un court instant. Comment une jeune fille de seize ans pouvait avoir envie de regarder la mort de ses parents ? Il justifia cela pour ĂȘtre un dĂ©ni qu’elle voulait rompre en regardant la vĂ©ritĂ© en face. Peu importe la ou les raisons, il ne comprenait pas et ne comprenait jamais.

Hanna laissa couler une larme lorsqu’elle vit le corps de ses parents tombĂ©s au sol, l’un puis l’autre. Elle ferma les yeux durant plusieurs secondes avant de les rouvrir sur l’un des assassins. Elle pointa du doigt le tatouage qu’elle aperçu sur l’avant-bras de l’un d’eux.

— On n’a rien trouvĂ©, s’attrista le policier.

Hanna Ă©tait sortie du poste de police sans dĂ©crocher le moindre mot. Les images dĂ©filaient sans arrĂȘt devant ses yeux et elle commença Ă  regretter d’avoir demander Ă  les voir. Qu’espĂ©rait-elle au fond ? Trouver un indice et rĂ©soudre une enquĂȘte que mĂȘme des professionnels n’avaient pas rĂ©ussi Ă  faire ? Elle ricana intĂ©rieurement contre elle-mĂȘme. Elle avait Ă©tĂ© idiote d’avoir cru que cette vidĂ©o surveillance l’aiderait Ă  aller de l’avant.

Hanna remonta s’enfermer dans sa chambre comme elle le faisait habituellement. Elle avait refermĂ© la porte derriĂšre son dos et s’était rapidement emparĂ©e de son tĂ©lĂ©phone portable. Elle composa le numĂ©ro de Theo qu’elle connaissait par cƓur. Sa messagerie vocale devait sans doute ĂȘtre pleine de messages de sa part et qu’il ne semblait jamais avoir Ă©coutĂ©.

Une sonnerie. Deux sonneries. Trois sonneries. Hanna sentait son cƓur battre Ă  la chamade Ă  chaque essai de joindre son meilleur ami. Elle avait peur d’entendre le son de sa voix, peur des paroles qu’elles prononceraient Ă  son Ă©gard, peur de ce que lui pourrait dire. Quatre sonneries. Cinq sonneries.

— Le numĂ©ro que vous avez composez n’est pas attribuĂ©.

Hanna Ă©carquilla les yeux lors de l’entende de cette phrase. Elle s’attendait Ă  tomber sur la messagerie vocale, encore une fois, mais pas Ă  ça. Hanna secoua la tĂȘte et composa une nouvelle fois le numĂ©ro. L’espoir de s’ĂȘtre trompĂ©e d’un numĂ©ro en le tapant trop vite effleura son esprit. Elle prit son temps afin d’ĂȘtre sĂ»re d’avoir composĂ© le bon numĂ©ro puis appuya une nouvelle fois sur le tĂ©lĂ©phone vert.

— Le numĂ©ro que vous avez composez n’est pas attribuĂ©.

Hanna Ă©couta ce message encore trois fois avant que ses larmes ne s’écrasĂšrent contre ses joues rosies. Elle coupa l’appel et jeta son tĂ©lĂ©phone contre son lit. Elle poussa un cri de rage qu’elle Ă©touffa dans les paumes de ses mains. Sa douleur Ă©tait si grande Ă  cet instant prĂ©cis. Elle souffrait tant qu’elle n’avait pas eu le temps de rĂ©flĂ©chir Ă  son prochain acte. Hanna ne trouvait plus aucunes raisons de continuer Ă  se battre. Elle avait tout perdu en l’espace d’une nuit. Ses parents Ă©taient morts, son frĂšre le serait surement bientĂŽt aussi et son meilleur ami avait disparu sans un mot.

Hanna Ă©tait seule. Elle n’avait plus la force ni le courage de lutter contre le monde qui l’entoure. Hanna continua Ă  pleurer sans savoir s’arrĂȘter. Elle faisait les cent pas dans sa chambre. Son esprit Ă©tait rempli de pensĂ©es qui se mĂ©langeaient dans sa tĂȘte. Elle imagina un court instant les petits ĂȘtres d’émotions qui devaient courir partout pour essayer de trouver une solution Ă  sa douleur.

Rien ne venait. Hanna se stoppa soudainement. Elle n’avait plus de raison d’ĂȘtre. Peut-ĂȘtre Ă©tais-ce Ă©goĂŻste ou terriblement courageux de sa part. Hanna s’empara d’une lame de rasoir et la porta Ă  ses veines. Elle appuya contre sa peau. Une goutte de sang coula. Puis une autre, puis une autre. Le noir l’envahit rapidement et elle tomba lourdement sur le sol de sa chambre. Hanna voulait s’endormir pour l’éternitĂ©.

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4 réflexions sur “💋 Chapitre 44

  1. histoirescecile13 dit :

    Tu as su trĂšs bien raconter le meurtre terrible des parents de notre Hanna. Mon Dieu ! J’Ă©tais scotchĂ©e tellement tu as bien dĂ©crit la scĂšne de la mort des parents….c’est tellement bouleversant….Et les policiers qui ne trouvaient rien sur les meurtriers…et notre Hanna qui a voulu en finir avec la vie….oh noonnn pas ça ! Mais comme elle est bien lĂ  donc elle sera sauvĂ©e….vite sans plus attendre…la suite…

    Aimé par 1 personne

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