💋 Chapitre 45

Chapitre 45

— Tout va bien ?

Hanna releva les yeux vers ceux de Gregorio. Elle cligna plusieurs des yeux, émergeant doucement du plus profond de ses pensées. Elle vit sa main s’agiter devant ses yeux alors que son visage riait devant elle.

— Je dois y aller ! dit-elle précipitamment.

Hanna tourna rapidement les talons et commença à marcher dans la direction opposée. Elle pouvait sentir le regard de Gregorio sur son dos et pourrait même jurer qu’il s’était mis à la suivre. Hanna commença à tourner dans toutes les rues. Elle regretta d’être venue de ce côté de la ville à pieds et sentir l’air se réduire dans ses poumons.

Hanna commença à percevoir la crise de panique l’envahir et entra rapidement dans un magasin en s’emparant de son téléphone. Elle composa le numéro de Theo qui avait tenté de la joindre sans qu’elle ne s’en aperçoive.

— Enfin, tu me réponds ! s’agaça Theo en décrochant.

— Désolée… je… Theo… je… j’ai vu Greg.

— Tu as quoi ?

— Ne t’énerve pas, s’il te plait. Je l’ai croisé par hasard…

— Je ne suis pas énervé.

— Theo, je l’ai vu. J’ai vu le tatouage sur son avant-bras. C’est le même que celui qu’avait l’assassin de mes parents.

Theo senti sa respiration se coupée. Il freina brusquement lorsque le feu passa à l’orange et se retrouva légèrement propulsé en avant.

— Tu es où ? demanda-t-il.

— Havanah Street, dans un magasin… euh… Hollister.

— Reste-y. Je serai là dans quinze minutes.

Hanna raccrocha sans un mot supplémentaire. Elle tenta de reprendre une respiration normale tout en regardant par les grandes vitres de la boutique. Elle se cacha derrière un portant lorsqu’elle aperçu un homme ressemblant à Gregorio puis poussa un soupir de soulagement lorsqu’elle vit que ce n’était pas lui.

— Tout va bien mademoiselle ? Vous avez besoin d’un conseil peut-être ?

Hanna sursauta. Elle se retourna vers une vendeuse qui lui adressait un grand sourire hypocrite en la dévisageant.

— J’attends quelqu’un pour un essayage de vêtement, répondit l’adolescente le plus naturellement possible.

— Bien. Appelez-moi si vous avez besoin de quelque chose.

— Merci.

La vendeuse tourna les talons, laissant Hanna faire semblant de regarder des vêtements. Elle attendit un peu plus de quinze minutes avant qu’elle n’aperçoive Theo passer devant la grande vite et franchir la porte de la boutique.

— Theo ! s’exclama Hanna.

L’adolescente se jeta dans ses bras. Theo attendit plusieurs secondes avant de resserrer l’étreinte. Il releva le menton de Hanna et déposa un faible baiser sur ses lèvres avant de l’entraîner jusqu’à son véhicule mal garé à quelques mètres de là.

— Il t’a tout dit ? questionna Theo.

— Il n’a pas eu besoin de rentrer dans les détails.

Theo resta silencieux alors qu’il roulait sur la route bondé de voitures et de personnes nerveuses qui ne cessaient de klaxonné autour de lui. Les larmes de Hanna coulèrent en silence. Elle sentit le regard de Theo se poser sur elle et les essuya d’un revers de la manche avant d’observer le paysage extérieur.

— Je sais que tu m’as menti, dit-elle d’une voix brisée.

— A quel propos ?

— A propos de Greg. Je sais que tu ne le connais pas de ton ancien lycée.

— Pourquoi je t’aurais menti ?

— Parce que tu es impliqué. Tu es impliqué dans la mort de mes parents, n’est-ce pas ? Est-ce que j’ai raison ?

La voix de Hanna se brisait de plus en plus alors que les yeux de Theo se plissèrent à cause des rayons du soleil qui lui faisaient face. Il abaissa le pare-soleil avant de s’arrêter à un feu rouge.

— C’est vraiment ce que tu crois ? demanda-t-il.

— Cela expliquerait pourquoi tu es parti sans un mot. Pas pourquoi tu es revenu…

— Je te l’ai dit : je suis revenu pour ma mère… et pour toi.

Theo baissa les yeux avant de les relever vers Hanna. Elle le regardait avec de grands yeux remplis de larmes alors qu’elle se mordillait la lèvre inférieure.

— Pourquoi es-tu là à me parler si tu me sais coupable ?

— Parce que je ne crois pas que tu aies tués mes parents. Je crois juste que tu protèges ceux qui l’ont fait. Et parce que…

— Parce que… ?

— Parce que je t’aime, Theo. Je suis une idiote folle amoureuse de toi.

Hanna plongea son regard dans le bleu des yeux de Theo. Elle voyait son visage se décomposé et ses mains devenir moites à la façon dont il les essuyait toutes les cinq secondes sur son jeans.

— Comment as-tu pu me cacher ça ?

Un coup de klaxon derrière eux les fit sursauter. Theo regarda au-dessus de lui le feu être passé au vert et démarra lorsqu’un second coup de klaxon retentit.

— Laisse-moi t’expliquer, murmura-t-il.

Hanna ne souhaitait qu’une chose : se réveiller de ce cauchemar. Elle se pinça discrètement la joue, mais elle ne dormait pas. Tout était réel. Theo était bien présent le soir qui a détruit sa vie.

— Parle ! dit-elle sèchement.

Theo poussa un léger souffle. Il n’avait aucune idée de comment expliquer la façon dont il avait laissé ces deux complices seuls dans la supérette tuer les parents de Hanna et le caissier. Il aurait souhaité resté pour leurs sauver la vie. Mais il avait été lâche. On lui avait demandé de retourner à la camionnette et d’attendre derrière le volant et c’est ce qu’il fit, sans imaginer un seul instant qu’il entendrait quatre coups de feu quelques instants plus tard.

— Je… commença-t-il, les yeux brillants. Ma mère a toujours eu des difficultés financières et elle n’arrivait plus à relier les deux bouts. Ses heures supplémentaires la tuait. Un jour, je trainais dans le quartier et j’ai croisé la route de Greg et de cet autre gars, Seth. Je les ai entendu parler d’un plan pour gagner de l’argent alors je suis allé vers eux…

Theo marqua une longue pause. Il sentait le regard de Hanna s’assombrir à ses côtés et son cœur se brisa en milles morceaux qu’il ne pourrait plus jamais réparé.

— Ils m’ont parlé de braquer une petite supérette, récupérer l’argent et partir aussi vite qu’on était arrivé. Partage des gains en trois. Il n’y avait aucuns risques. Je ne sais pas comment ça a dégénéré… Je n’ai rien pu faire…

Theo ferma brièvement les yeux. Il se rappela de la montée de terreur qui avait parcouru son corps entiers lorsqu’il avait entendu les coups de feu. Le premier, il pensait à un tir dans le vent pour faire peur au caissier. Les trois suivants, il comprit que ce n’était pas du vent. Et il le comprit davantage lorsque Greg et Seth étaient remontés dans la camionnette, du sang sur leurs mains.

— Qu’est-ce que vous avez fait ? avait-il crié.

— Relax ! s’était moqué Seth en enlevant sa cagoule.

— Démarre au lieu de pleurnicher ! avait rajouté Greg.

Les larmes de Hanna roulèrent le long de ses joues. Elle ne pouvait croire à cette histoire. Comment Theo, son meilleur ami d’enfance, ce garçon si adorable et honnête, avait pu se rendre complice de quelque chose d’aussi affreux ? Il n’avait pas tué ses parents, mais il était présent. Il était là et aurait pu leur sauver la vie. Il aurait pu se dénoncer et surtout dénoncer les assassins. Il aurait pu rendre justice à celui qu’il considérait comme son réel père. Il aurait pu empêcher la tentative de suicide de Hanna.

— Je…

Theo ne termina pas sa phrase. Il s’apprêtait à s’excuser, mais cela ne serait plus rien. Il gara sa voiture à la première place qu’il trouva et se tourna vers Hanna. Leurs larmes coulaient le long de leurs joues. Hanna ne le regardait plus. Elle ne pouvait surement pas. Theo devait sans aucun doute la dégouter. Ils restèrent longtemps silencieux avant que Theo ne brise le silence.

— Tu devrais appeler la police.

— Je vais faire un portrait-robot pour Greg.

— Je ne parlais pas pour lui.

Hanna releva le visage brusquement. Elle croisa le regard de Theo et ouvrit la bouche de surprise.

— Tu devrais aussi appeler la police pour moi.

— Qu… quoi ?

Hanna avait bien entendu sa requête. Theo voulait assumer ses torts. Theo voulait qu’elle brise son avenir. Il lui donnait les dès à jouer et c’était à elle de décider si elle voulait les lancer sur le plateau, piocher la carte « prison ». Elle détenait son futur entre ses deux mains frêles qui ne cessaient d’essuyer ses larmes le long de ses joues.

Theo était coupable de complicité de meurtre et de braquage.

Theo était coupable de fuite.

Theo était coupable.

Hanna ne cessait se répéter ces pensées dans son esprit. Encore et encore. Theo était coupable et elle pouvait le briser autant qu’il l’avait fait avec elle.

Mais quelque chose au fond d’elle comprenait pourquoi il avait accepté de braquer cette supérette. Quelque chose au fond d’elle comprenait ses raisons et savait qu’il n’aurait jamais prémédité le meurtre de ses parents.

— Tu ne me pardonneras jamais, n’est-ce pas ? Alors, appelle la police.

Hanna aperçu le téléphone qu’il lui tendait avec le « 911 » préalablement composé. Elle n’avait plus qu’à appuyer sur le bouton vert. Seul un bouton et deux ou trois phrases banales pouvaient tout changer.

Hanna n’allait pas simplement changer la vie de Theo, mais elle changerait aussi la sienne. Tout son futur serait différent. Tout ceci n’était qu’un cauchemar. Elle devait rêver. Ce n’était pas possible. Hanna pleura encore et encore. L’écran du téléphone s’humidifia et son doigt glissa par inadvertance sur le bouton de l’appel.

— 911, Quelle est la raison de votre appel ?

→ Épisode suivant

Publicités

4 réflexions sur “💋 Chapitre 45

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s